En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 1er octobre 2012
Une passion pour la parole et l'écoute
C’était l’une des grandes figures contemporaines du catholicisme. Le cardinal Carlo Maria Martini est décédé à l’âge de 85 ans près de Milan, dans le diocèse d'Ambroise, où il avait été archevêque de 1980 à 2002.
Mgr Martini, bibliste jésuite, était une figure majeure d'un catholicisme ouvert aux évolutions de l'Église. Souvent considéré comme l'un des membres « progressiste » du Sacré Collège, il a montré à travers ses nombreux écrits une largeur de vue admirable qui le rendit populaire dans certains milieux de l'Église catholique. Sa devise épiscopale : « par amour de la vérité, oser choisir des situations adverses ».
Mgr Martini a poursuivi une brillante route au sein de l'Eglise, docteur en théologie fondamentale à l'université pontificale grégorienne, sa thèse portait sur les témoignages de la résurrection du Christ et une deuxième thèse traitait de l'Evangile de Luc.
Il fut désigné recteur de l'Université pontificale grégorienne et de l'Institut pontifical biblique de Rome (1969-1978) et archevêque du diocèse ambrosien, le plus grand diocèse d'Europe, où il fut nommé par Jean Paul II.
A Milan il multiplia les initiatives « Ecoles de la Parole », séminaire pour les non croyants, « lettre aux jeunes que je ne rencontre pas », etc..
Nommé cardinal par Jean Paul II le 2 février 1983, à 56 ans, sa parole a largement débordé les limites de son diocèse. Il était président du Conseil des conférences épiscopales européennes de 1987 à 1993.
A sa retraite il se retira à Jérusalem pour prier et se consacrer à ses études d'exégèse biblique.
U n chemin différent au sein de l'Eglise
Cet intellectuel polyglotte se faisait remarquer en remplissant la cathédrale de jeunes lors de catéchèses dominicales et en dialoguant avec les non croyants. Ce qui fut souligné notamment par l'assemblée des rabbins d'Italie qui a relevé « l'engagement convaincu du cardinal Martini pour le dialogue avec tous les croyants et les non croyants »
L'immense œuvre du cardinal jésuite comme celle de Benoit XVI manifeste un attachement profond à la vérité de l'Evangile, celle-là même qui n'a jamais cessé et ne cessera jamais de déranger les conformismes de tous ordres. Les deux approches sont indispensables à l'Eglise, soulignait-il. Chacun est libre de choisir son chemin. Lors des obsèques de Mgr Martini à Milan une magnifique litanie des saints fut chantée témoignant de la diversité de cette liberté.
Bibliste devenu pasteur, il avait senti que l'institution Eglise ne portait plus, dans certains domaines, la sollicitude divine qu'il percevait dans les Ecritures.
L a modernité au sein de l'Église, les questions brûlantes autour de la sexualité
Dans son livre d'entretiens Le rêve de Jérusalem (Desclée de Brouwer 2009), il se montre comme un homme sage qui a toujours espéré voir sauter les verrous qui disqualifiaient trop souvent l'Église catholique dans la modernité : notamment remise en cause du célibat des prêtres et de l'interdiction de la contraception au sein du couple.
Il a pu paraître aux yeux de beaucoup un opposant loyal à Benoit XVI en faisant entendre sa différence. Cependant Benoit XVI lui a toujours conservé son estime et son amitié, affirmant : « nous sommes devenus très conscients du fait que nous voulons la même chose, même si nos points de vue sont différents ».
Sur les questions éthiques (préservatif, homosexualité, recherche sur les embryons, fécondation in vitro), comme sur les questions disciplinaires (accueil des divorcés remariés, ordination d'hommes mariés, célibat sacerdotal, ou liturgiques, libéralisation de la messe de saint Pie V), il a toujours eu le souci de ne pas rester portes closes, de ne rien figer pour « que l'Église puisse donner du courage à ceux qui se sentent petits et pécheurs ».
U n dernier entretien : l'Eglise a-t-elle peur de se renouveler ?
Un dernier entretien avec Mgr Martini a été publié à titre posthume dans le journal Corriere della Serra, où il encourageait l'Église à prendre « un chemin radical de changement » : « l'Église est fatiguée, estime Mgr Martini, notre culture a vieilli, nos églises sont vastes, nos maisons religieuses sont vides et l'appareil bureaucratique de l'Église se développe. Nos rites et nos habits sont pompeux » Mgr Martini compare l'Église au jeune homme riche qui s'éloigne, empli de tristesse, alors que Jésus l'appelle à devenir son disciple.
L'évêque ambrosien appelle l'Église à reconnaître ses propres erreurs, elle est en retard de deux cents ans. "L'Église a 200 ans de retard. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ? Avons-nous peur ?",
Il conseille de se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu, seul moyen pour aider au renouvellement de l'Église.
Nous devons nous demander si les gens écoutent encore les conseils de l'Église en matière sexuelle. Ne devient-elle pas sur ce sujet simplement une caricature pour les medias ?
Certes il ne minimise pas « la grâce » de l’indissolubilité du mariage, mais souligne l'importance de l'attention à porter aux familles recomposées... Si les nouveaux parents se sentent à l'extérieur de l'Eglise, elle perdra les générations futures et la demande d'accès des divorcés à la communion doit être prise en compte. L'Eglise doit faire preuve de courage et ne pas avoir peur.
U n nouveau concile ?
Après le synode sur la Parole de 1999, il appela à « répéter une expérience de rencontre universelle entre les évêques qui permette de défaire certains nœuds disciplinaires et doctrinaux : il appela à réunir un nouveau concile.
«On ressent combien il serait beau et utile pour les évêques d'aujourd'hui de renouveler l'expérience de communion, de collégialité que leurs prédécesseurs ont faite à Vatican II.
Nombre de difficultés qui se posent aujourd'hui à l'Eglise exigent probablement un instrument collégial plus universel et autorisé, où ils puissent être affrontés dans la liberté, dans le plein exercice de la collégialité épiscopale, à l'écoute de l'Esprit et en ayant devant les yeux le bien commun de l'Église et de toute l'humanité ».
D. de Pirey
Le conseil Cetadnet
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