En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Samedi 15 décembre 2012
Les sept défis Vatican II
Interview de Jean-Marie VEZIN
Vous venez de rédiger un livre sur Vatican II avec Laurent Villemin. Qu’est-ce qui vous animait ?
Il y a des personnes qui sont pour Vatican II et d’autres qui sont contre : ce qui les réconcilie c’est le fait qu’ils n’aient pas lu les textes du concile. Au-delà de cette boutade, il est vrai que les textes du Concile sont difficiles, ardus. L’idée du livre est de fournir un outil simple d’introduction aux textes conciliaires, donner au grand public, chrétiens comme non chrétiens des clés de lecture qui reposent sur une méthode éprouvée, resituer les textes dans leur contexte historique, faire ressortir les avancées principales et les commenter, enfin cerner et comprendre l’accueil réservé à ces idées tant par le monde que par les chrétiens.
Vous consacrez votre premier chapitre sur le mode d’adoption des textes du Concile par les 2 300 évêques venus du monde entier. Pourquoi ?
C’est toute l’originalité de Vatican II : obtenir le consensus d’environ 2 300 évêques pour ratifier les documents élaborés par le concile. Si je précise que le concile n’est pas une assemblée parlementaire, ni l’assemblée générale des Nations Unies, instances qui exigent un vote pour ratifier une décision, c’est bien pour montrer combien l’approche d’un concile est spécifique.
Car dans la vision de Paul VI, du consensus jaillit l’expression d’une vérité commune fondée sur la Parole de Dieu. C’est dans ce sens que l’on peut dire que Vatican II a rendu la Bible – donc la Parole de Dieu – aux catholiques qui s’en étaient quelque peu éloignés. C’est la tradition profonde de l’Eglise qui va se réinventer, tradition vivante, car elle se développe, se transmet, se transforme. Vatican II reconnaît devant le monde que la tradition ne saurait être une répétition mécanique du passé.
Quels sont ces sept défis que vous développez dans votre livre ?
Le défi de l’Eglise comprise comme mystère, une organisation pour la mission c’est à dire remettre au centre le témoignage, l’unité des chrétiens ou encore l’œcuménisme, l’interreligieux, l’apostolat des laïcs, le défi du rapport à la société, la liberté religieuse, la liturgie.
Quel est le message essentiel du Concile selon votre regard de théologien laïc ?
La « forme pastorale » que le Pape Jean XXIII a donné à la doctrine avec toutes ses implications sur la mission de l’Eglise dans le monde ; je m’explique.
Le texte Gaudium et Spes reflète le souci d’ouvrir l’Eglise au monde. L’approche est révolutionnaire pour les Pères car cette fois- ci, ils partent de l’étude de l’évolution de la société pour définir la nouvelle posture de l’Eglise. La doctrine doit répondre aux exigences de notre époque. Il y a une véritable inversion du regard ! Regarder d’abord ce qu’est le monde, la création « Dieu vit que cela était bon ». Commencer par comprendre : Voir, Discerner, Agir. Une véritable démarche marketing avant l’heure.
Voulu par Jean XXIII, c’est un véritable bouleversement dans l’Eglise qui dorénavant « préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine ».
Depuis la fin de Vatican II, la société et le monde ont évolué de façon particulièrement inattendue; la scénographie géopolitique est complètement bouleversée avec la chute du mur de Berlin, les conflits religieux occupent le devant de la scène, la mondialisation des flux économiques, sociaux, culturels impacte le sens de l’humanité. Le Concile par exemple n’a pas anticipé le déferlement du numérique…Alors Vatican II est-il toujours d’actualité ? Comment l’Eglise peut- elle encore prétendre dialoguer avec le monde ?
Il est tout d’abord important de rappeler que le Concile a pris acte que sa parole n’a pas nécessairement un caractère permanent et qu’elle doit prendre en compte des « circonstances mouvantes ». C’est ainsi que dans Gaudium et spes (la constitution sur l’Eglise dans le monde de ce temps), des chapitres importants figurent en deuxième partie sur des sujets d’actualité au temps du Concile, comme par exemple la dignité du mariage et de la famille, la sauvegarde de la paix et la construction de la communauté des nations. Or ces deux sujets sont toujours d’une actualité brûlante. Mais dire qu’il n’y pas eu d’avancée dans la réflexion de l’Eglise depuis 50 ans serait un raccourci intellectuellement malhonnête. Les cas de conscience, les prises de position divergentes des clercs sur les sujets de société montrent bien que l’Eglise est en pleine réflexion, et que certains principes doivent être confrontés aux évolutions sociétales, à la mouvance des circonstances, aux coutumes d’une civilisation avant qu’une décision n’émerge. N’est-ce pas l’approche de la morale ? Et puis je rappellerai sur le sujet de la paix, que l’Eglise reconnaît les droits de l’homme à l’ONU, et pose la dignité humaine comme préliminaire. Une façon inconditionnelle de reconnaître la liberté religieuse.
En tant que théologien, laïc comment vous ressourcez-vous auprès de Vatican II ?
Le chapitre IV de Lumen Gentium définit le rôle des laïcs dans l’Eglise « La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. ( …). A cette place, ils sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment… ». Pour moi-même, comme pour tant d’autres chrétiens, la réforme de l’Eglise qu’institue Vatican II est une source importante qui nous permet de mieux témoigner aujourd’hui en ce monde de la présence de Jésus-Christ”.
Sabine Bureau
Cetad
Référence: Les sept défis de Vatican - Editions DDB
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