En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 7 janvier 2013
Le fait religieux, une évidence de notre temps
Quelle audace de vouloir parler du religieux dans un monde « sorti de la religion, désenchanté », comme le dit Marcel Gauchet (directeur d'études à l'École des Hautes Études en sciences sociales)... et pourtant le religieux envahit l'actualité de notre monde occidental, sécularisé et fort mondialisé.
Après Bruxelles, Madrid et le Canada l'exposition itinérante, « Dieux, modes d'emploi » se tient au Grand Palais à Paris jusqu'au 3 février 2013. Avec ce titre provocateur, cette exposition invite à découvrir les religions d'aujourd'hui sans entrer dans la « vérité » des croyances : les trois religions du Livre (judaïsme, christianisme et islam) les religions asiatiques, bouddhisme, hindouisme, taoïsme et animisme.
C'est l'historien Élie Barnavi qui a eu l'idée de cette exposition en soulignant « l'insondable ignorance religieuse contemporaine » dont il a eu conscience lors d'un cours sur les guerres de religion qu'il donnait à l'École Nationale Supérieure de la rue d'Ulm.
Avec une vingtaine d'experts dont Régis Debray, (“ L’enseignement du fait religieux dans l’École laïque ” février 2002) il a voulu faire comprendre ce qui distingue et rassemble les religions du monde en passant par « neuf portes d'entrée » :
Chacune des ces portes d'entrée est traitée dans les neufs sections de l'exposition selon une approche anthropologique et artistique.
Cette organisation entraine un parti pris comparatif qui pourrait gêner certains, les représentations étant placées sur un pied d'égalité et pourtant le commissaire de l'exposition, Raphaëlle Ziadé insiste sur le fait qu'il n'est pas question de dire que toutes les religions se valent.....
Les croyants connaissent leur propre religion mais non celle des autres. Or aujourd'hui avec les flux migratoires et la mondialisation des communications toutes les religions se rencontrent et se côtoient. Les non croyants appréhendent mal le fait religieux. Beaucoup ont tendance à ne voir dans la résurgence du fait religieux que ses aspects les plus révoltants. Des œuvres d'art, objets ethnographiques, maquettes, photos, films et bornes interactives tentent d'éclairer la variété des religions et leurs croyances, et de témoigner de la richesse des cultes pratiqués dans le monde. Cette diversité muséographique permet une pluralité d'approches en concordance avec les multiples enjeux du thème universel que constitue le fait religieux.
Cette rencontre des croyances peut engendrer des conflits dans la mesure où les religions peuvent chercher à imposer leurs rites ou leurs interdits dans l'espace public, sur un territoire donné ou sur le plan international. L'exposition se veut une présentation apaisante avec une volonté pédagogique marquée : un état des lieux pour pouvoir mesurer la diversité des croyances, les représentations que les différentes religions se font du divin, comment elles désirent à leur manière entrer en contact avec lui, les différents rites de passages qu'elles proposent à leurs fidèles.
Comment appréhender une représentation du fait religieux
Un beau symbole ouvre l'exposition, celle des mains, mains de l'homme tendues vers le divin, mains de Dieu dirigées vers la terre avec la stèle d'Hazor (musée d'Israël) figurant deux mains levées vers un symbole astral, la statuette Dege (Dogon, Mali) implorant de ses mains tendues vers le ciel, pour l'arrivée des pluies et la châsse de saint Aignan (cathédrale de Chartres) où les mains de Dieu font descendre l'Esprit Saint sur les apôtres.
Représenter le divin n'est pas autorisé par toutes les religions, notamment le judaïsme et l'islam, l'exposition donne à voir des statues d'un Shiva dansant, d'un Bouddha en prière ou d'un buste de Jésus. On marche à travers ces différentes représentations posées sur des pylônes qui font comme une forêt, beau décloisonnement voulu des religions.
Les religions s'accordent pour penser que l'identité divine ne peut, par essence, être circonscrite par la connaissance humaine, par l'image. Pourtant cette dernière apparaît comme un relais entre l'homme et Dieu. Elle est lieu de rencontre qui peut aussi se faire dans la parole ou le silence intérieur. L'image peut être représentation ou signe, symbole (menorah ou calligraphie du nom d'Allah). De plus une image ne parle pas seule, elle doit pouvoir être interprétée.
Pour aborder la question de la communication avec le divin, sont présentés divers objets cultuels témoignant du besoin de protection, amulettes, fétiches et autres talismans, ou de l'expression de remerciement, ex-voto chrétien ou musulman. Ces objets peuvent être anciens ou très modernes !!
Pour ce qui est de l'espace sacré, ce sont des maquettes récentes et originales de temples, mosquées et synagogues, ainsi que des photos de montagnes sacrées, de lieux de pèlerinages ou autres lieux saints.
Certaines notions sont bien difficiles à représenter : le temps par exemple. La notion de temps ne se prête qu'à des représentations symboliques, vanités médiévales, des scènes de saisons agricoles, des cycles de réincarnations dans l'hindouisme, images du paradis, de l'Enfer et du purgatoire, ou simplement des calendriers. Ici sont présentées des fêtes telles qu'on les célèbre de nos jours, elles instituent le temps sacré.
Et finalement comment « montrer » l'au-delà? L'art en donne quelques exemples fameux, mais l'iconographie contemporaine ne s'y intéresse plus guère et les représentations de l'au-delà ont été plutôt du fait de l'art occidental.
La solution choisie à l'exposition est impressionnante. La question « que croyez-vous qu'il va advenir de vous après votre mort ? » est posée à des fidèles de différentes confessions (160 représentants officiels ont été interrogés et 8 ont été sélectionnés). Une installation artistique audio-visuelle permet d'écouter les réponses. Ces témoignages filmés individuellement restent personnels et renvoient le visiteur à son propre questionnement.
Cette exposition s'inscrit résolument dans les pratiques actuelles et vivantes. Que l'on soit croyant ou non le parcours permet de découvrir des univers différents, manifestant le foisonnement et la richesse des expressions du religieux et du sacré.
Et nous chrétiens comment réagissons nous ?
Offusqués que Dieu puisse être présenté comme un « outil », un « moyen »: « Dieu(x modes d'emploi » ? Que Lui le transcendant puisse être mis au même niveau que les idoles de)s pensées animistes ? Il est le Tout Autre... forêt d'idoles, de dieux, toutes représentations, la toute pure Vierge de l'annonciation côtoyant à pied d'égalité Shiva dansant ou le bâton de danse de Oshe Shango du Nigéria, cela peut paraître gênant, pour les uns comme pour les autres, chacun trouvant son ou ses dieux comme le vrai.
Mais avons-nous à cœur de connaître l'autre, celui qui pense différemment, qui s'extériorise « autrement »... le comprenons-nous ? Cette exposition ne pourrait-elle pas être l'occasion d'aller plus loin dans la connaissance de nos proches, aujourd'hui, là où nous sommes, dans nos rencontres et nos dialogues. En cette année de la foi, nous sommes appelés à approfondir notre propre foi, à nous rendre plus solides dans nos convictions, à réfléchir plus en profondeur à notre Dieu Amour et Sauveur. Cet Amour de Dieu est bien donné à tout homme quelles que soient ses pensées, ses couleurs, sa race, ses choix de vie.
Le brassage des hommes que connaît notre siècle, doit-il nous conduire à tout niveler?
La liberté de pensée et le respect de l'autre ne nous conduisent-ils pas au contraire à affiner notre propre foi?
Toutes ces questions sont au cœur des réflexions proposées au CETAD à travers ses différentes sessions pour découvrir ou approfondir notre foi, et surtout à travers les « échanges » qui sont au cœur de sa pédagogie.
En particulier, le CETAD.NET propose de découvrir les enjeux du dialogue inter-religieux au cours d'une session de 5 semaines qui ouvrira le 5 mars 2013.
Dominique de Pirey
Equipe Cetad.net
http://www.cetad.cef.fr/fiche-cours_37-le-dialogue-interreligieux-5-mars-2013.htm