En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Assistance Médicale à la Procréation - AMP

Publié le Lundi 29 avril 2013


                  Assistance Médicale à la Procréation

« C’était l’hiver. Une reine cousait, assise auprès d’une fenêtre dont le cadre était en bois d’ébène, tandis que la neige tombait à gros flocons. En cousant, la reine se piqua le doigt et quelques gouttes de sang tombèrent sur la neige. Le contraste entre le rouge du sang, la couleur de la fenêtre et la blancheur de la neige était si beau, qu'elle se dit :

Je voudrais avoir une petite fille qui ait la peau blanche comme cette neige, les lèvres rouges comme ce sang, les yeux et les cheveux noirs comme les montants de cette fenêtre.

Peu de temps après, elle eut une petite fille à la peau blanche comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang, aux yeux et aux cheveux noirs comme l'ébène. »

Ce conte bien connu des frères Grimm, nous montre combien depuis des siècles, l’homme rêve de maîtriser cette vie qu’il peut transmettre. Dans le cœur d’une femme monte un désir bien naturel d’avoir un enfant. Désir cependant ambigu et complexe : on ne parle pas ici de père, on ne parle pas d’amour… Elle désire une fille qui sera comme ceci et comme cela et voilà que la magie du conte opère et que l’enfant naît « selon ses désirs » au moment où elle l’a voulu.

Mais voilà, le réel n’est pas un conte de fée, il ne suffit pas de vouloir un enfant pour l’ « avoir »… l’enfant désiré se fait parfois attendre. Pourquoi ? Comment remédier à ce problème ? L’enfant qui arrive n’est pas tel qu’on l’avait imaginé : pas si parfait, peut être malade, peut être porteur d’un handicap ? Comment accueillir cet enfant si différent de l’enfant rêvé ?
Toutes ces questions et ces situations liées au mystère de la procréation et de la naissance soulèvent peurs, angoisses, douleurs, joies et passions diverses. On comprend alors combien l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) suscite intérêt et fascination.

Face à la souffrance des couples qui ne pouvaient, semble-t-il, avoir d’enfants comment ne pas partager leur joie lorsque l’être tant attendu vient à naître ? Et pourtant l’Eglise, prudente semble émettre des réserves sur certaines techniques et méthodes utilisées. La médecine elle-même faite pour guérir et diminuer la souffrance est parfois hésitante. Pourquoi ? Quels sont les risques, les problèmes et enjeux éthiques soulevés par l’AMP ? Peut-on ouvrir ces techniques à des personnes qui n’ont pas de problèmes médicaux de fertilité tels que les célibataires, les personnes homosexuelles et qui font alors des demandes d’AMP dites de « convenance personnelle » ? Suffit-il de vouloir un enfant ou d’ « avoir un projet parental » pour devenir père ou mère ou tout du moins d’être reconnu comme tels par la société ?

Un désir d’enfant, un enfant à accueillir

Ce désir très complexe naît d’une histoire d’amour entre un homme et une femme qui désirent transmettre la vie à une troisième personne. Le propre de l’amour étant de se donner, de se répandre. Le désir de procréation se mêlant aussi plus ou moins confusément avec notre peur de la mort et ce désir de « se continuer » à travers une autre personne. Bref, ce désir d’enfant est à la fois le plus naturel et le plus narcissique au monde. Que se passe t-il lorsque  l’enfant désiré se fait attendre ? Il naît dans le cœur de l’homme et de la femme une profonde blessure existentielle et narcissique. Certains hommes le vivent comme une véritable castration. Ce désir peut alors devenir la recherche de l’enfant à tout prix d’autant plus que les techniques de PMA ouvrent  l’homme d’aujourd’hui à ce « pouvoir ». Le « pouvoir » n’est cependant pas systématiquement le « moralement bon » c’est-à-dire une conduite qui nous humanise.

L’enfant doit être essentiellement compris comme un don ou comme le dit encore Xavier Thévenot, théologien moraliste,  un « hôte à accueillir ». Il ne peut s’agir d’un « droit ».
Quelle image avons-nous réellement de l’enfant ? Les  techniques contemporaines : contraception, PMA nous ont poussés à voir souvent l’enfant comme un intrus quand il surgit alors qu’on ne l’attendait pas, un droit quand il ne vient pas… pour ne pas dire une maladie, un mauvais virus quand on voit toute la machinerie mise en place pour une simple grossesse… Pour nous chrétiens, seul Dieu est créateur… Il est notre Père. L’enfant est avant tout personne libre et enfant de Dieu… Dimensions souvent oubliées dans notre nouvelle conception de la procréation où par exemple Jacques Testart a pu être nommé « père d’Amandine » (premier bébé né en France grâce aux PMA). Nous voulons avoir une totale maîtrise de notre procréation… Nous oscillons entre un contexte de négation de la fécondité (contraceptifs, IVG, stérilisations) où l’enfant est nié et un contexte de la fécondité possible sous toutes conditions où l’enfant est recherché à tout prix. En fait, ces mentalités sont sans doute très proches, elles révèlent quelque chose de notre conception de la vie et de la sexualité. Pallier la stérilité, tendre à éliminer la souffrance d’un couple sont des « fins bonnes » mais justifient-elles tous les moyens ? L’enfant à naître n’est-il pas devenu  un simple objet, un simple moyen pour augmenter le bonheur du couple ?

Les techniques de l’AMP

On ne peut parler de l’AMP sans évoquer les différentes techniques. Elles sont nombreuses et diverses puisqu’elles varient de la simple stimulation ovarienne à la FIVETE (Fécondation In Vitro et Transfert d’Embryon) en passant  par l’ICSI (Injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde). Or, chaque technique ne soulève pas les mêmes questions médicales et éthiques. Il existe déjà un fort décalage entre la demande des couples et la réponse médicale. En effet, même si les techniques d’AMP ont fait d’énormes progrès, elles ne peuvent pas toujours répondre à la demande du couple souvent trompé par la forte médiatisation qui règne autour de l’AMP. Ces techniques peuvent échouer et ce n’est pas parce que le couple désire pratiquer par exemple une ICSI que cette technique est adaptée à leur cas.
Ce n’est pas parce que la « loi l’autorise » que l’on peut exiger sans aucun avis médical telle ou telle méthode. Le médecin peut avec raison « dire non » ou « repousser » pour un temps la demande. N’oublions pas aussi que c’est un processus long et souvent douloureux. Beaucoup de couples abandonnent avant même leur « premier essai ».

L’enjeu éthique principal de ces techniques reste pour la plupart, l’intervention d’un tiers. Quel est ce tiers ? Ils sont là encore relativement nombreux : la technique, le médecin mais aussi le psychologue,  la justice (l’enfant est reconnu avant même sa conception par les deux parents) et parfois le donneur.  La demande d’enfant ne concerne plus seulement le couple mais aussi la médecine et la société. L’intervention de tous ces tiers font que l’on s’éloigne de plus en plus de l’accomplissement du couple. Acte sexuel et acte procréatique sont alors pleinement dissociés dans l’AMP. L’enfant à naître n’est plus le fruit du don de soi à travers le don des corps mais de la rencontre de deux gamètes. La procréation doit être le fruit d’un libre choix dans le respect de l’intégralité de l’acte sexuel. C’est une  responsabilité envers soi, envers le conjoint, envers l’enfant à naître et envers Dieu. C’est l’expression de l’amour véritable entre un homme et une femme. L’acte conjugal a une dignité ontologique toute particulière car c’est un acte ouvert à la vie, à la venue d’une personne (et non d’un objet comme l’acte artistique) et c’est un acte qui fait appel à la totalité des personnes. L’acte de procréation met en jeu la responsabilité des parents, la structure du couple et la vie de la personne appelée à naître.

            Malgré la souffrance des couples, malgré leur désir naturel et « louable », malgré l’existence de ces situations qui nous semblent intolérables, n’oublions pas l’enfant.

L’AMP le plonge dans le secret (peu de parents osent dire à leur entourage ou à l’enfant qu’ils ont eu recours à une AMP  parfois lourde et fait surgir des parentalités nouvelles. Qui est mon père ? Qui est ma mère ? Le donneur, mon parent biologique ? Le médecin-biologiste celui qui a uni, veillé sur ces deux gamètes ? L’utérus qui m’a porté ? La femme qui a accouché ? L’homme et la femme qui m’ont éduqué ? Toutes ces personnes qui ont désiré ma naissance, qui ont œuvré à ma naissance, qui m’ont aimé à  leur manière ?

Qui étais-je lorsque j’étais déjà une personne en devenir, un embryon mais seulement congelé en attendant que quelqu’un ait un « projet »pour moi ? Un bébé déjà aimé ? Un amas cellulaire qui attendait sa destruction, un utérus confortable ou les instruments d’un chercheur ? A qui est-ce que j’appartiens si congelé, mes « parents » divorcent ? Pourquoi ai-je été choisi parmi d’ « autres » lors d’une réduction embryonnaire ? Pourquoi m’a-t-on finalement détruit alors que ce couple me désirait depuis si longtemps ? Peut-être n’étais-je pas si parfait que cela ?

Toutes ces questions sont loin d’être anodines. Comment et quand parler de son origine à l’enfant ?

              Un bon discernement moral ne peut se contenter d’exemples et de contre exemples ou de situations singulières. Quelle est notre conception de l’homme ? Quels actes permettent de nous humaniser davantage ? Jusqu’à quel point l’intervention médicale est éthiquement licite ? Quand passe-t-elle de l’intervention médicale à la manipulation ? Que signifie soigner ? A-t-on le droit d’être parent à n’importe quel prix ? Est-il certain que l’enfant ne peut être jamais être considéré comme un simple moyen, un simple objet de bonheur pour une personne ou un couple ?

 Amélie Roussel

           

 

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