En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 21 octobre 2013
LA GENERATION Y
Une étiquette, un code, une désignation, une génération? Et quid pour demain, la génération Z?
« Génération Y »
Est-ce une étiquette dans les supermarchés pour indiquer la date limite de consommation d’un produit ? Un code pour toutes les communications du net? Une désignation telle celle des générations qui ont fait l’Ecole Polytechnique, les X ? Oui, il s’agit bien d’une génération, la « génération Y » qui vient après la « génération X ». Nés entre le début des années 80 et le milieu des années 90, les 15-30 ans, telle est la « génération Y » en attendant la « génération Z » qui pointe. Pour ne pas nous y perdre relevons une autre nomination de cette génération : « digital natives », « nés dans la civilisation numérique ». « natifs numériques ».
U ne autre explication a été proposée à la dénomination « génération Y ». le « Y » se prononce « why » en anglais qui signifie « pourquoi ». Cette génération « pourquoi » veut comprendre avant d’apprendre ou d’obéir (O.R.). « Les digital natives » ont été massivement et durablement façonnés par le net. Leur appétence pour les nouvelles technologies et leur dextérité à les manier est spécifique de cette génération. (Monique Dagnard, Génération Y : les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la perversion, Presses de Sciences Pô. 2013).
Cette « génération Y » renouvelle donc le rapport au savoir.
C onnectée en permanence à internet elle a réponse à tout en quelques clics sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Bouleversement tel celui de Gütenberg avec l’invention de l’imprimerie en 1440. Avoir un écran pour compagnon de jeu depuis le plus jeune âge va toucher le développement cognitif de l’enfant. Faut-il dire que « Internet peut aller jusqu’à rendre crétin ? », Nicholas Carr, R. Laffont, 2011).
N e serait-ce pas plutôt le professeur qui est invité à passer d’une logique d’enseignement à une logique d’apprentissage ? Il faudrait une vraie révolution de la relation entre l’élève et l’enseignant qu’on peut alors appeler « coach ». Le métier d’enseignant évolue : il doit créer des activités permettant à chaque élève de construire et de s’approprier ses propres connaissances ». Il devient un ingénieur pédagogique (O.R., p.156).
Une créativité libre, une libre créativité?
D ans cette nouvelle culture, les « digital natives » ne vont-ils pas perdre toute mémoire ? S’il y a perte d’une mémoire du savoir, c’est pour une libération d’une créativité. Cest-ce que souligne Michel Serres, auteur de Petite Poucette, un ouvrage où il analyse l’accès généralisé au savoir. « On a le cerveau vide mais le vide du cerveau peut être libérateur. Il nous a rendus disponibles pour de nouveaux usages et c’est cette disponibilité qui a permis le miracle grec, la Renaissance, la Réforme. Le savoir et les facultés objectivés, nous pouvons enfin nous connecter sur l’intelligence inventive » (Philosophie magique, n° 62, sept 2012). Mais innover ça s’apprend. Ce qui va permettre de se réaliser avec un « incubateur » qui confie aux jeunes d’une grande école ou d’une université des bureaux pour qu’ils puissent développer leur projet dans sa phase d’éclosion (O. R., p. 218). Exemple Grenoble, Rennes.
Une identité numérique?
D ans cette transformation éducative et sociale va se développer une « cyber socialisation » (M. B., p.35). Les digital natives développent une véritable identité numérique. Les « réseaux sociaux » se trouvent au contact de cette écologie numérique. Il ne s’agit pas d’une duplication des relations sociales nouées dans la vraie vie. Les échanges en ligne obéissent à d’autre codes communicationnels. Les internautes s’épanchent souvent beaucoup plus facilement en ligne, qu’ils ne le font « de visu ». Entre eux se réalise un partage véritable. Au-delà des générations (parents-enfants), des milieux ? Ce « partage » qui ne veut pas être un « vol », durera-t-il quand les « digital natives » se seront….enrichis ?
La génération Y et la politique
Q u’en est il en effet pour la politique chez cette génération. Elle semble désenchantée alors qu’internet était un projet politique dès le début. Peut-être faut-il dire qu’elle fait de la politique autrement. Ainsi avec les Indignés de S. Hessel, le développement durable, l’humanitaire ou l’environnement. Benjamin Chamenade, créateur du site Génération Y, pense que cette génération n’est pas « individualiste », mais qu’elle est « communautaire » sans vouloir être « collective » (O.R., p.204). Les justiciers de la toile sont ceux qu’on appelle les « Anonimous » qui agissent masqués. Par exemple en bloquant les serveurs de l’Eglise de Scientologie. Génération coup de poing, les « digital natives » excellent lorsqu’il s’agit de dénoncer. Mais cela suffit-il pour changer la donne politique ? (M.B., p.40)
Génération sexe?
I l reste un chapitre du dossier de la « génération Y » qu’Olivier Rollot analyse d’autant mieux que cet aspect est peu traité par les spécialistes de cette génération : « Hommes et femmes : des Y pas comme les autres ? » (ch. 13) et « Génération sexe ? » (ch. 14). « La jeunesse au travail rend ainsi compte d’un rapprochement du modèle de genre en matière d’engagement dans le travail, c’est-à-dire une féminisation du modèle masculin et une masculinisation du modèle féminin ».
Telle serait selon Dominique Méda l’évolution principale pour la « génération Y » au travail (O. R., p. 225). Rien de tel pour caractériser cette situation qu’un tableau : « Enseignement supérieur : Où sont les filles ? » (O. R., p. 228).
P ourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes ingénieures ? Il y aurait les embûches que l’entreprise continue à créer à ses cadres féminins : le choix des entreprises par les femmes avec des marqueurs très nettement sexués (l’Oréal, Nestlé, Unilever) ; la démarche moins carriériste des femmes. Peut-on envisager être une femme ingénieure ? Même après une grande école, les femmes restent défavorisées. Pourra-t-on briser le « plafond de verre » qui continue à séparer, les hommes et femmes dans l’entreprise ?
Selon O. R., il y aurait aujourd’hui un mouvement de bascule. Tout le monde est mobilisé pour défendre le masculin. (O. R., p. 238). Ce serait le retour à la « femme mère ». Ce retour à la fibre maternelle est dénoncé par Elisabeth Badinter (Le conflit, la femme et la mère, Flammarion 2010).
E st-il plus facile d’être un garçon ? « La masculinité s’exprime finalement dans la désobéissance, quand la féminité se mesure à son adaptabilité aux situations sans conflit » (O. R. p. 241). Pour ce qui est de l’expérience de la sexualité chez les hommes et les femmes, on se référera au livre du sociologue Jean-Paul Kaufmann : sexamour@mour ? (le Livre de poche, 2010).
Quid de la génération Z?
C omment conclure sinon en posant la question de la « génération Z » ?
« Née depuis 2000, une nouvelle génération est en train de se former. On commence à l’appeler « la génération Z », mais aussi la « C » (communicative) et souvent aussi « émos » pour « émotionnelle ». Les « Z » seront, sont des enfants des réseaux sociaux…
Les « Z » devraient être ces « mutants multitâches » que les « Y » ne sont pas encore tout à fait. La « génération Z » sera peut-être la génération où tout est possible. Elle sera hyper connectée. Les « Y » veulent des réponses dès quinze ans, les « Z » dès huit ans avec un aplomb inimaginable pour les adultes ! Il paraîtra par ailleurs aussi absurde à la génération « Z » de posséder une bibliothèque de livres, jamais relus, qu’aux « Y » d’entasser des CD de musique. On les appellera les « social média natives » (nés avec les réseaux sociaux).
Les « Z » seront certainement des écologistes convaincus. Initiée par le génération « X », le passage à la non-propriété des biens peut être l’un des grands marqueurs sociaux d’une génération qui va être élevée au sein de familles possédant moins de biens dispendieux et prenant l’habitude de tout se prêter. Non pas communisme mais mise en commun de biens dans le cadre de communautés d’intérêts fédérées sur internet.
Cette génération « Z » va devoir se serrer la ceinture pour rembourser les dettes de la précédente;
Y aura-t-il avec tout cela un « grand retour en arrière des libertés ? » (O. R., p. 274). Un livre pour 2025 !
Patrick Jacquemont, CETAD, oct 2013
(Olivier Rollot, La génération Y, PUF 2012)
(Marie Boëton, La génération Y, une classe d’âge façonnée par le net, Etudes 07.08. 2013)
(Dès aujourd’hui pédiatres, psychologues et parents s’intéressent aux adolescents : « ado naissants » (F. de Stigly), « adulescents » (O. Rollot, Nouvelle adolescence, Bayard).