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Dieu soumet-il à la tentation? Tentation ou épreuve

Publié le Mercredi 20 novembre 2013

Dieu soumet-il à la tentation? Tentation ou épreuve

Une nouvelle traduction d’un verset du Notre Père

 

         L a prière du Notre Père, dans sa traduction liturgique a été commentée de manière diverse par les théologiens et des non croyants, éventuellement des schismatiques et des hérétiques. Mais après les ouvertures exégétiques et liturgiques de Vatican II, il était devenu possible de chercher une traduction commune d’une prière commune. Ce n’était qu’en 1949 que les catholiques avaient été autorisés à réciter le Notre Père avec les chrétiens d’autres Eglises. En 1966, un travail œcuménique des théologiens catholiques, protestants et orthodoxes avait proposé une traduction œcuménique. Proposée aux Eglises cette traduction avait été adoptée et elle était en vigueur jusqu’à aujourd’hui. Il est très regrettable que l’éventualité d’une nouvelle traduction d’un verset de cette prière (« Ne nous soumets pas à la tentation ») n’ait pas été proposée aux protestants et orthodoxes, en souhaitant que ce ne soit pas le signe d’un élan œcuménique qui perdrait de sa vigueur, même si nous pouvons espérer avec le pasteur Jean Tartier, que la nouvelle traduction soit acceptée par les protestants et les orthodoxes.
 
 
 
Les faits
 
       U ne nouvelle traduction liturgique du Notre Père a été validée par la Congrégation du culte divin à Rome, après la Commission épiscopale francophone. Elle émanait des responsables des traductions liturgiques (avec l’archevêque de Tours, Bernard-Nicolas Aubertin et l’évêque de Grenoble, Guy de Kerimel) et du travail collectif de plus de 70 spécialistes, exégètes, hymnographes, hommes et femmes de lettres (faut-il voir là la référence à la légende de la traduction grecque de la Septante, fruit de 70 textes qui s’étaient révélés identiques !).
 
          Le nouveau texte proposé porte sur le verset « Ne nous soumets pas à la tentation » qui deviendrait « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Cette nouvelle version n’entrera en vigueur qu’en 2014 dans les lectionnaires et pas avant 2015 dans les missels.
 
Le contexte
 
         A vant d’examiner de près le verset incriminé et le nouveau proposé, il est nécessaire de considérer l’ensemble du texte de ce qui est devenu la prière du Notre Père. Dans l’Evangile il y a une double rédaction proposée par Matthieu 6, 9-13 et par Luc 11, 2-4. Elles sont distinctes mais avec la même structure : prière de Jésus (voici comment prie Jésus) et la prière des disciples (voici comment les disciples doivent prier). Les exégètes distinguent donc la prière en Tu (prière de Jésus) et la prière en Nous (prière des disciples). La communauté des disciples après la mort de Jésus a associé les deux prières dans ce qui est devenu la prière du « Notre Père ».
 
         Dans la prière en Tu, c’est Jésus qui peut dire « Père » (qui deviendra Notre Père) et qui peut demander « que ton nom soit sanctifié », « que ton règne vienne », « fais se réaliser ta volonté ». La prière en Nous est celle des disciples (demande du pain, demande de la remise des dettes (Matthieu), des péchés (Luc) et la dernière demande qui fait l’objet d’une modification aujourd’hui (« Ne nous soumets pas à la tentation » qui deviendrait « ne nous laisse pas entrer en tentation »).
 
Le verset controversé
 
         « Ne nous soumets pas à la tentation » - « Et ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve ». Cette traduction néglige totalement l’Epitre de Jacques : « Dieu ne tente personne » (Ja 1, 13). Mais le mot même de tentation ne traduit pas le grec  « peirasmos ». L’épreuve c’est la crise de la foi comme il apparaît à Gethsémani, lorsque Jésus dit aux disciples endormis : « Veillez et priez pour ne pas succomber à l’épreuve » (Mt 26, 41). L’Apocalypse propose comme une réponse à la prière de demande. « Moi aussi je te garderai à l’heure de l’épreuve » (Ap. 3, 10).
 
 
         Il apparaît comme bénéfique cette révision d’un verset du Notre Père. Mais c’est toute cette prière qui serait à étudier plus à fond. (Voir la session Notre Père - CETAD - S. Thil).
 
 
 
Patrick Jacquemont, CETAD 12. 11. 13, Fête de tous les saints de l’ordre des prêcheurs.

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