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Parvis des gentils, Eloge de la Gentillesse

Publié le Samedi 1er février 2014

Parvis des gentils, Eloge de la Gentillesse


      Le choc des mots, de leur sens, de leur évolution, peut souvent être surprenant, mais source de meilleure appréhension dans leur diversité ou leur différence. Il en va ainsi de la formulation du « parvis des gentils » pour illustrer la nouvelle évangélisation et de « l’éloge de la gentillesse » avec fêtes et livres à l’appui. Au-delà des jeux de mots faciles et inutiles, profitons de l’occasion qu’ils nous donnent pour approfondir la richesse de deux expressions.
 
GENS. GENTES. GENTILS
 

     Au départ, il y a dans toutes les évolutions de sens, le mot latin gens : « race, famille, nation » ; gentes, ce sont les « nations ». Dans une perspective religieuse, ce sont les « autres nations », les « étrangers », les « goyîm » pour les juifs, les « barbares » pour les grecs ou les romains, les « païens » pour les chrétiens. Avec une certaine notion de mépris et d’adversité. Paul sera considéré comme « l’apôtre des gentils » (Actes 9, 15), tel qu’il est désigné par Ananias : « Cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon Nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites ». Le terme de « gentils » va demeurer celui de l’argumentation théologique. La première Somme de Thomas d’Aquin est la Somme contre les gentils, présentée comme un discours missionnaire d’évangélisation, mais dans une perspective de critique des « gentils ».

      C’est avec une signification très différente que Benoît XVI propose le lien entre « parvis des gentils » et « nouvelle évangélisation ». Le parvis est un mot riche de sens, puisqu’il renvoie au « paradis » dont il  est une forme populaire (parvis-paradis, vers 1250). Le parvis est le vestibule d’un sanctuaire. Dans la tradition juive, il y avait trois grandes cours qui précédaient le sanctuaire du Temps : parvis des gentils, parvis du peuple de Dieu, parvis des prêtres. Dans la tradition chrétienne et l’architecture du Moyen Age, le parvis est la place devant la façade d’une église, d’une cathédrale. Une place largement ouverte, pour rassembler une foule, comme on le voit devant la basilique Saint Pierre de Rome.

      C’est avec ce mot retrouvé que Benoît XVI a souhaité, présenter la nouvelle évangélisation appelée de ses vœux : « Je pense qu’aujourd’hui l’Eglise devrait être une sorte de « Parvis des gentils », où les hommes puissent en quelque sorte s’accrocher à Dieu sans le connaître, avant d’avoir trouvé l’accès à son mystère, au service duquel est la vie de l’Eglise » (Documentation Catholique 2010, n°2439, p.112). Très vite le Conseil pontifical de la Culture va constituer ce « Parvis des gentils » dont l’objectif est de favoriser la rencontre entre croyants et non croyants. Une proposition qui peut rassurer ceux qui se considèrent comme agnostiques ou athées. Il s’agit d’une proposition de dialogue entre croyants et non croyants, il ne saurait être question de prosélytisme ; et c’est pourquoi le « Parvis des gentils » se distingue de la « Nouvelle évangélisation » explicitement missionnaire. « Le Parvis des gentils est la recherche côte à côte (croyants et non croyants) des valeurs essentielles du monde d’aujourd’hui et de demain » (Cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la Culture, DC2012, n°2500, p.992-999).

 

GENS. GENTILS. GENTILLESSE

      Si le Parvis des gentils est présenté aujourd’hui comme le lieu de la rencontre et du dialogue des étrangers, des chrétiens, avec les païens, on peut comprendre qu’il doit demander du respect réciproque, de la bienveillance délicate. Est-ce là le lien qui invite à parler maintenant de « l’éloge de la gentillesse » ? Pour répondre il est nécessaire de comprendre la nouvelle place donnée aujourd’hui à la gentillesse et ce que cela signifie.

      Gens est le point de départ étymologique commun des gentils,du « Parvis des gentils » et des gentils de « l’éloge de la gentillesse ». Nation, race, famille ; le latin gentilis indique ce qui touche à la race, à la famille. Au Xème siècle, gentilis est traduit par « gentil, de bonne race, gentilhomme ». La gentillesse exprime d’abord au XIIème siècle la noblesse de la naissance, mais au sens moral, elle caractérise celui, celle, qui plaît par la bienveillance et la délicatesse (XVIème siècle). Malgré le prestige du gentilhomme, du gentleman, la gentillesse se discrédite, car elle paraît trop « gentille » pour être considérée comme une vertu par André Comte-Sponville qui réhabilite la politesse (Petit traité des grandes vertus, PUF, 1995).

      La gentillesse va revenir de loin. Le « Mouvement de la petite gentillesse », « Small Kindness Movement », est né au Japon en 1963 après des affrontements entre policiers et étudiants. Il s’est transformé en 1997 en « World Kindness Movement », un mouvement mondial importé dans l’hexagone en 2009, à l’initiative du magazine Psychologies. Une journée mondiale de la gentillesse va rappeler, tous les 13 novembre, l’importance d’être gentil.

      Mais concevoir la gentillesse comme un trait de personnalité reste une vision trop partielle ; elle doit être resituée parmi les empathies altruistes. Elle propose de rendre service sur la base d’une sollicitation et non d’une sollicitude. « Je ne suis gentil que par une situation qui me permet de rendre service » (Emmanuel Jaffelin, Petit éloge de la gentillesse, 2011). La gentillesse serait alors cette vertu salutaire qui me permet en rendant un service à autrui de m’échapper un peu de moi-même, de me « délester de moi-même ». On peut retrouver alors dans la gentillesse bien comprise la qualité nécessaire à tout dialogue qui ne veut pas imposer à l’autre mon propre avis, mais accepter de « m’en délester ». Morale du service et non du sacrificeimpressionniste et non impressionnante, la gentillesse métamorphose chacun de nous en une particule bienfaisante d’une humanité réconciliée avec elle-même. 

     « Par la gentillesse, je ne suis ni sage ni saint, mais gentilhomme et héros du quotidien » (E.Jaffelin, op.cit. p.113). N’est-ce pas de ces gentilshommes qu’a besoin le « Parvis des gentils » pour l’accueil et le dialogue ?

 

CETAD.  Patrick Jacquemont,  2014

Pour aller plus loin: Nous vous recommandons de vous inscrire  au parcours La foi se fait dialogue:
Une exigence pour vérifier avec ses contemporains la foi vécue et annoncée.
Début des cours 25 février 2014! http://www.cetad.cef.fr/fiche-parcours_2-la-foi-se-fait-dialogue.htm

http://www.eglise.catholique.fr/actualites-et-evenements/dossiers/dossiers-de-2011/le-parvis-des-gentils-a-paris/le-parvis-des-gentils-a-paris.html

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