En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

"Jésus a-t-il vraiment dit ?"

Publié le Vendredi 27 juin 2014

Relecture du hors-série de la Croix  "Ce que Jésus a vraiment dit" 

Dans les débats culturels et religieux, leur vulgarisation, quel doit être le commencement de la présentation, de l'initiation catéchétique aujourd'hui ? Dieu, Jésus, l'Esprit Saint, la confession de foi de la communauté chrétienne ? Le terme choisi, la méthode d'accès, les formes de diffusion sont décisifs et ont varié dès la naissance du christianisme.
 
Il y a une trentaine d'années, il a semblé qu'une porte d'entrée de toute théologie pouvait être «l'introduction au mystère chrétien". Cela reste vrai et porte beaucoup de fruits, notamment avec les sessions initiales du CETAD. Cette introduction était devenue obligatoire dans le cursus de formation des séminaires et proposée pour les années fondamentales de formation des religieux et des religieuses, souvent en inter-congrégations ; ainsi au couvent de Rangueil, par les frères dominicains de Toulouse. Sans doute les théologiens contactés étaient-ils différents, l’éventail allant des plus biblistes jusqu' aux spécialistes de la théologie de saint Thomas d'Aquin et même jusqu'aux auteurs les plus contemporains, K. Rahner, R. Bultman, U.v. Balthasar, K. Barth ou P. Ricœur.
 
L'écart apparut vite entre la proposition nouvelle d'Introduction au mystère chrétien et la demande d'un catéchisme de base, "ficelé" une fois pour toutes. Ainsi la Supérieure générale des sœurs de Charles de Foucauld, qui étaient nombreuses, décida de ne plus envoyer de sœurs à cette formation de Toulouse en affirmant : "Les sœurs vont partir en terre de mission, souvent isolées. Elles n'ont pas besoin d'une théologie sous forme de questions ou de critiques par exemple : "que croire pour bien croire". Elles auront besoin d'un pack minimum pour tout temps et tout lieu". Ce qui (reconnaissons-le) est une forme de fondamentalisme. Quand la priorité était donnée à la Bible, même risque de lecture fondamentaliste : pas (trop ?) d'exégèse critique mais des assurances de vérité, quelquefois illusoires.
 
En 2006, la publication Croire aujourd'hui (numéro 209,1/15/04) : "La Bible dit-elle vrai ?" s’est efforcée de répondre aux questions contemporaines devant les progrès des découvertes. Tandis que l'archéologie bouscule nos certitudes sur l'Ancien Testament, films et romans (Mary, Da Vinci Code) s'emparent de textes anciens qui auraient été cachés par l'Eglise des premiers siècles. Finalement, que sait-on de la Bible ? Quand et comment a-t-elle été écrite ? Comment une lecture croyante peut-elle cheminer avec une lecture savante ?
 
C'est en braquant l'objectif sur ce qu'on pourrait considérer comme des paroles certaines de Jésus lui-même que le journal hebdomadaire « la Croix » a proposé une démarche pastorale, durant les quatre premiers dimanches de l'Avent 2013 ainsi que ceux du Carême 2014. Pour aboutir à la publication d'un Hors-série "Ce que Jésus a vraiment dit" ; (cf. Hors-série La Croix, collection Verbatim, Bayard, 2014). Le choix a été fait de 12 phrases que les évangélistes mettent dans la bouche de Jésus. Sans oublier que "ces paroles ont été rapportées et transmises oralement avant d'être mises par écrit, pour dévoiler l'identité de celui qui les prononce" (Dominique Greiner, éditorial de cet Hors-série). Les phrases de Jésus sont expliquées et commentées avec un « Extrait Spiritualité », « un grand témoignage » et de belles photos de visages ou de tableaux. Il est heureux que « La Croix » ait fait appel à des laïcs journalistes à « La Croix ». Ce sont là apports et approches actualisés.
 
L'introduction de ce Hors-série a été confiée à Daniel Marguerat, exégète et théologien qui fait autorité, pasteur et professeur émérite de l'université de Lausanne. Il est interviewé par Dominique Greiner, rédacteur en chef à « La Croix ». Celui-ci fait remarquer qu'il y a d'autres sources que le Nouveau Testament pour accéder à la personne de Jésus. Ainsi l'œuvre monumentale de Flavius Josèphe, les « Antiquités Juives » avec un petit paragraphe consacré à Jésus de Nazareth. Le second témoignage est celui des Talmuds (VIème siècle pour celui de Jérusalem). Pour ce qui est des textes du Canon biblique, on considère actuellement que l’Evangile de Marc aurait été écrit vers l'an 65, que les Évangiles de Mathieu, Luc et Jean sont apparus entre 70 et 90, que Paul a rédigé ses lettres entre 50 et 58. Sans doute les Evangiles ne sont-ils pas dépourvus de valeur historique mais ce sont des textes de croyants.
 
La question est de saisir comment les paroles de Jésus sont parvenues jusqu'à nous. Mais la bonne quête est-elle de savoir « ce que Jésus a vraiment dit ? ». Plus qu'une question de langue, (de l'araméen au grec) et malgré les efforts des exégètes d'aujourd'hui, spécialement depuis les découvertes de Qumran et les travaux de l'Ecole biblique de Jérusalem, fondée par le frère Lagrange au début du XXe siècle, la véritable question est aujourd'hui : de quelle documentation peut-on disposer qui permettrait de préciser ce qu'a dû et pu être la prédication de Jésus,  dans le contexte du temps de Jésus et dès le début de l'interprétation de ses paroles par les disciples, les évangélistes et les premières communautés chrétiennes ?
 
Les douze phrases de Jésus expliquées et commentées par le Hors-série de « La Croix » sont :
« Aimez-vous les uns les autres » (amour) ; « Celui qui veut être parmi vous le premier sera l'esclave de tous »  (pouvoir) ; « Heureux parmi vous les pauvres » (pauvreté) ; « Lève-toi et marche » (guérison) ; « Moi, je suis la résurrection et la vie » (résurrection) ; « Si quelqu'un te gifle sur la joue droite tends lui encore l'autre » (violence) ; « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir la loi » (juifs) ;   « Pardonnez jusqu'à 70 fois 7 fois » (pardon) ; « Quand vous priez, dites … » (prière) ; « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'argent » (argent) ; « Femme que veux-tu ? » (femmes) ; « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise" (Eglise).
 
Cet ensemble de 12 phrases de Jésus selon la publication de « La Croix » donne assurément un ton évangélique très heureux, sans pouvoir être complet. À ce titre, comment ne pas inviter les baptisés à faire de ces « dix commandements » l'occasion de révision de la lecture des Evangiles ? Pour ceux qu'on appelle « les non chrétiens du Parvis de l'Eglise » (CETAD), cela est plus délicat car le choix des textes retenus peut être discuté. Nous ne retiendrons ici qu’un seul exemple, comme une invitation à la lecture méditée des onze autres phrases.
 
« Quand vous priez, dites … » (Page 66 – 74)
Pour l'Évangile de Luc (11, 1 – 2) il y aurait une réponse de Jésus à la demande d'un disciple :
« Quand vous priez, dites Père ». Le contexte est différent dans l'Évangile de Matthieu (6, 9 -13). C'est la critique de la prière rabâchée. La référence au recueil « Vous donc priez ainsi. Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des Eglises." (2011 Bayard) n'est pas suffisamment prise en compte.

Il faut expliciter plus clairement que le Notre Père des chrétiens est en fait une triple prière, celle de Jésus, celle des disciples, celle de la communauté chrétienne après Pâques.
La prière de Jésus est celle de celui qui seul peut oser dire « Père » et oser demander : « Fais-toi reconnaître comme Dieu, fait venir ton règne ». (Luc 11-2). Vient ensuite la prière qui est proposée pour les disciples et leur demande est tout autre. Ce n'est pas Jésus, "Pain de Vie" qui a besoin de demander le pain de toujours ! De même Jésus ne demande pas le pardon, c'est lui qui pardonne. Enfin, les prières sont différentes après Pâques et elles deviennent une seule prière : "Père, mon Père, votre Père, Notre Père". Ce ne sont pas là des exégèses subtiles, inutiles. Et que dire sur le "Ne nous induis pas en tentation" contraire à ce que dit l'épître de Jacques : « Dieu ne peut être tenté de faire le mal, il ne tente personne » (Jacques 1 - 13). La traduction va être revue pour 2015 ("Ne nous laisse pas entrer dans l'épreuve") : c'est la prière elle-même qui peut être enrichie par de meilleures traductions et interprétations.

Ces remarques critiques, qui pourraient être faites pour plusieurs des présentations du Hors-série de « La Croix » portent finalement sur le titre et le propos retenu pour inviter à l'écoute de l'Evangile : « Ce que Jésus a vraiment dit. ». En soulignant : « vraiment ». Oui, Jésus est « Vérité », mais nul ne peut confisquer son message, fût-ce pour rassurer nos fois difficiles. La
« Vérité » ne réside pas dans des paroles littérales qui nous échappent nécessairement du fait même de leur traduction et de leur transmission ; elle se dit plutôt, du fait du système d’échos multiples que représentent les quatre évangiles et les lettres pauliniennes, dans les expressions que les chrétiens des premières générations ont tenté de formuler sous l’impulsion de l’Esprit  de Pentecôte, les acclamations liturgiques qui se sont très tôt mises en place, et l’élaboration théologique fruit d’une longue maturation du mystère pascal par ceux qui en vivaient. Seul l'Esprit de Jésus est son interprète fidèle. 
 
Patrick Jacquemont,  CETAD, Pentecôte 2014.  
 
 

 

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