En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Vendredi 14 novembre 2014
Tableau noir de l’école - Tables de la montagne (Moïse, Jésus) - Tables d’hôtes
L a rentrée scolaire 2014 restera marquée par le changement de Ministre de l’Education nationale ! Quatre ministres en quatre ans ! La question la plus discutée reste celle des rythmes scolaires avec la formation des professeur(e)s du primaire ou secondaire. Plus encore, celles de la place de la morale à l’école primaire avec les questions du?«genre» (contestation du programme ABCD, déjà modifié par les projets). La nouvelle ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud - Belkacem est déjà critiquée par les tenants du courant de « La Manif pour tous» et l’hypothétique défense du «genre».
Mais plus fondamentalement la question de la morale et de l’éducation peut être approchée à travers à ce que peuvent être les supports de communication d’une morale.
- Le «tableau noir» des écoles publiques de la IIIème République
- Les Tables de la Loi de la montagne » (Moïse, Jésus)?
- Les tables d’hôtes
Le tableau noir des écoles
E cole communale des garçons, Samoëns, Haute Savoie (1900). Certains enfants ont pu faire 3 kilomètres pour descendre de leur hameau. Sabots ou godillots, blouse grise ou noire. Au dos, le cartable en bois avec un seul cahier.?Au coup de sifflet (la cloche est pour l’église du catéchisme) les élèves viennent prendre leur place fixée, une table pour deux, avec encriers qui sentent la violette. Tous ont le regard fixé sur l’instituteur, costume noir, le «hussard de la république». Il tient à la main une longue baguette, non pour frapper les élèves, mais pour indiquer la maxime du jour qu’il a écrite sur le tableau noir. «Plus fait douceur que violence». Les enfants répètent le précepte et le calligraphient sur le cahier qu’ils rapporteront à la maison. Telle est l‘école de la morale qui veut être commune et communale en ce début du XXème siècle. Peu à peu l’équipement pédagogique se complète de cartes murales : les départements de la France, des tableaux du système métrique, d’agriculture et de zoologie, (jusqu’à un globe terrestre, sans oublier le grand boulier. L’artisan de cette «nouvelle école» est Jules Ferry (1832 - 1893) qui commence son oeuvre avec le ministère, jugé alors subalterne, de l’Instruction publique.
Successivement les principes de cette nouvelle école vont se préciser. L’école est pour tous, ce qui suppose la gratuité, et le caractère obligatoire. Ce qui impliquait la neutralité confessionnelle, la prière et le catéchisme étant remplacés par la morale et l’instruction civique. Ferdinand Buisson qui fut, à la direction de l’Enseignement primaire, le bras droit de Jules Ferry, déclara en 1903. «Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain, si petit et si humble qu’il soit ... et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi, ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef quel qu’il soit, temporel ou spirituel».
De 1880 à 1900 l’école élémentaire va gagner près de 700.000 élèves. (Yves Gaulupeau, La France à l’école, Découvertes Gallimard, 1992, p. 82). Dans l’école de Jules Ferry, les écoliers seront munis du bagage historique, civique et géographique qui permet une identification à la France, et ces écoliers seront aussi des écolières, après les leçons d’A. Comte et de Condorcet. «Jules Ferry s’était dit convaincu que, si de son oeuvre ne devait rester qu’une seule illustration, celle que la postérité retiendrait serait celle de l’éducation des filles.» (M. Ozouf, Jules Ferry, La liberté et la tradition. Gallimard, 2014. p. 66).
Mais que sont devenus les «tableaux noirs»
de l‘école de la IIIème république?
L’école est-elle, à frais et moyens nouveaux, une «maîtresse de morale»? L’égalité voulue avec l’école gratuite et obligatoire, n’est-elle pas effacée, par les divers individualismes et élitismes du monde d’aujourd’hui ? Les tablettes, tracts, tags eux-mêmes, permettent-ils?une transmission reconnue, du côté de l’émission comme de la réception ? Quels sont les critères d’une morale, l’intérêt général (à chacun d’en profiter) ou le bien commun, sans cesse à préciser, (pour le bien de tous)? Les tableaux d’affichage, (sondages ou résultats d’enquête), (entreprises, hôpitaux), peuvent être une mesure sans pour autant garantir une morale sans «tableaux noirs» d’aujourd’hui et demain.
La morale n’a pas seulement besoin de rapporteur, mais de «porteurs», de «supports» via les nouveaux moyens de communication.
(à suivre : Les Tables de la Loi - Les tables d’hôte)
Patrick Jacquemeont
Cetad.net
www.cetad.cef.fr