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Transhumanisme, transhumanité

Publié le Dimanche 21 décembre 2014

Transhumanisme, transhumanité

 

Où va l’humanité ?


           U ne tempête, un tsunami, viennent de s’abattre sur la côte atlantique du monde occidental. Des chercheurs scientifiques, puis théologiques s’intéressent à l’avenir de l’humanité. Les spécialistes identifient et traduisent : « Genetic enhancement », « humanist enhancement » par la génétique.

Cette question a fait l’objet dernièrement de deux grands colloques:   « Homme perfectible, homme augmenté » titre du colloque organisé par l’Association de Théologie pour l’Etude de la Morale (ATEM), au centre culturel Saint Thomas à Strasbourg, - 27 au 29 août 2014 tandis que la 89ème Semaine sociale de France organisait du 21 au 23 novembre 2014, « L’homme et les technosciences : Le défi ».

Dans la presse, le journal La Croix a largement relayé le débat : le 16 octobre 2014 « La tentation transhumaniste » avec une enquête du CREDOC puis une série d’articles  titrée  « L’homme et les technosciences » parue les  31 octobre et 11 novembre 2014.
Le magazine La Vie a donné la parole à Jean-Michel Besnier, professeur de philosophie à Paris-IV,  invité aux Semaines sociales de Lille : « Nous sommes en train de créer une société d’hypocondriaques » (La Vie, 27 novembre 2014).

Sur cette question, on peut aussi lire l’excellent petit livre de 87 pages rédigé par deux professeurs de médecine, Jean-François Mattei et Israël Nisand, Où va l’humanité ? (Edition Les lieux qui libèrent).

 

I Les scientifiques ouvrent le débat

          A travers les vocabulaires et les visions des spécialistes, comment cerner le débat de ce que nous appellerons, en français, le « transhumanisme » ? La question butoir est bien celle qui s’agite, dès 2000, dans le monde scientifique : « L’homme va-t-il s’affranchir de ses propres limites ? ».

Le Centre d’analyse stratégique soulignait dans une note de synthèse de 2012 : « Les frontières s’estompent entre le naturel et le biotechnologique, entre le normal et le pathologique, le soin et l’amélioration ». Le vocabulaire est significatif : « limites à dépasser », « frontières à franchir ».
Il va donc y avoir disruptio, discontinuité, rupture, ce qui va inquiéter toute la tradition humaniste. La disruptio peut être radicale et le transhumanisme ira jusqu’à influencer les droits de l’homme selon Gregor Pu
ppinck (La Croix, 3 octobre 2014, p.11) : « Aujourd’hui, les biotechniques peuvent non seulement augmenter nos capacités naturelles, mais aussi nous en donner de nouvelles. Un homme renouvelé émerge de l’évolution des techniques, et les droits de l’homme accompagnent cette évolution. Des droits post-humanitaires ouvrent la voie aux droits transhumanitaires ».
Le post-humanisme est la domination des volontés individuelles sur la nature. Le transhumanisme, c’ est le dépassement et la substitution de la nature humaine par les biotechnologies. Un exemple : l’eugénisme devient une composante de « la nature augmentée ».

La Cour européenne des Droits de l’homme, se définissant comme « la conscience de l’Europe » estime qu’un argument moral n’a plus de valeur en soi ; toute idée de l’homme serait relative. La Cour exige désormais des arguments scientifiques ! « L’audace des propositions veut faire face au scepticisme et au relativisme ambiants. Les législateurs ont perdu confiance en leur capacité à porter un jugement moral sur le juste et le bien. Seule reste la science comme vérité sur laquelle fonder son jugement ». Et de conclure : « La Cour refuse qu’il y ait des actes intrinsèquement mauvais, tout est question de circonstances, sauf la liberté ».

 

II La parole aux philosophes


          Pour Jean Michel Besnier,
professeur de philosophie à Paris-IV,  l’attitude face aux post-humanisme est explicitement critique, déjà dans son livre L’homme simplifié (Fayard, 2012). « L’homme augmenté qu’on prépare constituera l’élite dans une société à venir et il créera de plus en plus de laissés pour compte… Je me suis aperçu que le post-humanisme n’était que marginalement un système de valeurs, et souvent qu’il s’agissait d’une utopie reposant sur la négation de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, en l’occurrence des êtres finis, vulnérables, imparfaits… Parmi les « technoprophètes », il y a aussi l’objectif de se débarrasser de l’humain » (La Vie 20 novembre 2014, p.38-39).

Mais pour le sociologue et philosophe Raphaël Liogier, « le trans -humanisme ne recèle pas que des dangers ». « Les transhumanistes offrent des solutions… La bioéthique repose sur l’idée du principe de précaution. Les transhumanistes refusent cette logique sans pour autant vouloir arriver au post-humain. Avec l’hybridation homme-machine, le « cyborg », il y a de la place pour une éthique et une morale dans le cadre du transhumanisme même » (La Vie, 20 novembre 2014, p.40-41).

 

III La parole à Marie-Jo Thiel, professeur d’éthique à l’université de Strasbourg.

          C’est avec Marie-Jo Thiel, médecin, théologienne, que nous pourrons le mieux éclairer le débat, une véritable disputatio, où elle intervient à Strasbourg et à Lille, et dans son dernier livre La santé augmentée, réaliste ou totalitaire ? (Bayard, 2014).
Pour cette théologienne qui connait les méandres de la médecine, il y a aujourd’hui une fascination due aux développements biotechnologiques de la médecine. Des moyens considérables de maîtrise s’invitent dans le développement de l’humain depuis sa première cellule. Ce mouvement de globalisation de l’existence humaine contribue-t-il à l’humanisation des personnes et au bien-être social ? La médecine s’ouvre à des scénarios de science-fiction. Peut-elle permettre de viser l’immortalité, au-delà de toute vulnérabilité ? Aux confins de la médecine régénératrice et réparatrice, c’est la frontière des théologies de l’augmentation (« enhancement » en anglais). C’est à l’éthique de chercher à traduire quelle humanité on  peut appeler de nos vœux.

 

IV Transhumanisme, transfiguration ?

          P our celles et ceux qui acceptent d’accueillir une foi qui ose espérer, il peut être « libérateur » de croire en une humanité transfigurée. C’est l’acte de foi d’Athanase d’Alexandrie dès le IVème siècle : l’incarnation de Jésus fait homme, c’est la vision d’un « Dieu qui se fait homme pour que l’humanité soit divinisée ». Si le théologien balbutie une telle confession de foi, ce sera le fruit de la disputatio du Concile de Nicée (325), condamnant la thèse d’Arius qui voulait nier la divinité du Christ, qui pour lui était seulement la première des créatures. Et quand les mots sont insuffisants ou maladroits, les icônes de la Transfiguration éclairent la foi jusqu’à une théologie de la Transfiguration (Mt 17, 1-9). La Transfiguration est avec Pâques et la Pentecôte l’une des plus grandes fêtes de l’Orthodoxie ; et elle est célébrée en Occident depuis 1457 (victoire des chrétiens sur les turcs à Belgrade !). Pour les icônes, Andréi Roublev (1405) ; pour la peinture Fra Angelico à Florence, Bellini à Naples et Venise, Raphaël au Vatican … Lumière !

 

Patrick JACQUEMONT, CETAD, Noël 2014

 

 

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