En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Dimanche 1er février 2015
Après les meurtres du 7 janvier et les manifestations du 11 janvier 2015
L es mots, glanés dans la presse et proposés pour la réflexion, "hostilité, humiliation, humour, humilité", ne sont-ils pas trop timides, à la limite de la trahison, pour rendre compte et du massacre et de la mobilisation, qui ont marqué ce mois de janvier, ouvrant l'année 2015, à Paris, en France et au delà ? Mais ces mots, liés les uns aux autres, n'offrent-ils pas une force invitant à méditer profondément sur ce qu’ont vécu et ce que vivent tous les acteurs de ces heures, sombres, mais aussi significatives ? Cherchons pour cela la signification fine et forte du vocabulaire à la manière de Jacques Derrida.
Hostilité
Qui dit hostilité songe à l'hostilité des ennemis. Avec la référence radicale aux mots de Jésus rapportés par l'évangéliste Matthieu : "Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis" (Mt 5, 43-44). Faut-il vraiment ne pas tenir tête aux méchants et tendre l'autre joue, après un soufflet sur la joue droite ? Il y a peut-être, avec la joue droite soulignée, une allusion à un honneur blessé. Mais bien au delà, Jacques Derrida dans sa réflexion sans cesse reprise sur le pardon, a mis en valeur la distinction qu'il faut faire entre l'ennemi "inimicus" en rupture d'amitié et l'ennemi en situation d'hostilité "hostis". L'hostilité dans ce cas précis est celle du conflit qui demande résistance et réplique ; c'est bien ce conflit qui est celui des deux attaques de janvier. Une réplique jusqu'à la violence est nécessaire. "Vigi pirate". Il y a une éthique du conflit violent qui doit être mise en valeur. Une éthique qui doit être appropriée à la violence même de l'attaque. Quelle peut être une éthique de la violence, de la guerre elle-même ? A cette guerre déclarée peut-on se contenter de vouloir déclarer la paix ? Jaurès en est mort au jour de la déclaration de guerre d’août 1914. Faut-il alors redéfinir une théologie de la « guerre juste » ?
Humiliation
Tenons- nous en modestement à une théologie pratique, avec ce critère fondamental du respect des personnes et des peuples. Il y a un devoir de respect des prisonniers dans le cas même de la prison comme des camps. Ce respect qui est bafoué dans les cas d'extermination, qui ne sont pas seulement ceux des Nazis il y a 70 ans. Ce qui est le plus grave c'est l'humiliation. Olivier Abel le souligne bien : " Je crois que nos sociétés ont déployé une grande sensibilité aux violences mais une grande insensibilité aux humiliations moins mesurables, mais dont les effets se font sentir à long terme". (La Croix 15. 01.15 p. 25) Attention, quand une caricature fait appel au "comique" qui a un lien constitutif avec la démocratie comme possibilité de rire de tout, aux limites du comique, de la liberté d'expression et de la dérision. "Le problème est que tantôt l'expression de la liberté a une fonction de scandale, vitale pour briser le mutisme complaisant ou apeuré d'une société, tantôt le scandale est purement destructeur et brise la possibilité d'un monde commun » (Olivier Abel ibidem).
Humour
La gravité des évènements de ce janvier 2015 en France semble exclure l'humour, car l'humour n'est pas le sarcasme qui précisément ne vise qu'à humilier l'autre. C'est encore l'analyse d'Olivier Abel (la Croix 21. 01 .15 p. 5) "L'humour c'est reconnaitre l'étroitesse de son propre point de vue. Il suppose de s'inclure soi-même dans la démarche. Car il y a une difficulté due à la différence d'ordre anthropologique entre la culture chrétienne et la culture musulmane, qui tient à la place de l'image. La religion musulmane n 'est pas une religion de l'image". Mais l'Islam n'est-il pas capable d'une autre forme d'humour et donc d'un autre dialogue critique et fraternel ? Ainsi l’Institut Dominicain d’Etudes Orientales (IDEO) du Caire a-t-il été créé en dialogue avec Al Azar en 1936.
Humilité
P our que l'humour permette un dialogue avec l'Islam de la part des chrétiens, n'y a-t-il pas lieu que les instances chrétiennes s'interrogent avec modestie et humilité sur les facettes d'un dogmatisme suffisant, plus intolérant même que certaines affirmations et attitudes de l'Islam aujourd'hui ? Si une lecture critique et historique du Coran parait encore difficile, ne faudrait-il pas rappeler le long calvaire de l'exégèse du Corpus Biblique, de Clément Marot, Richard Simon et l'Ecole Biblique de Jérusalem avec le frère Lagrange ? Le CETAD, outre une formation biblique permanente, propose une session sur le Dialogue interreligieux (11.03.15)
Patrick Jacquemont, CETAD, 28 janvier 2015, en la fête de St Thomas d’Aquin.
Découvrir et s'inscrire à la session Cetad sur Le Dialogue Inter religieux