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Morale des citoyens - Morale des convictions

Publié le Mardi 24 mars 2015

Morale des citoyens - Morale des convictions

 

« Que l’autorité politique se borne à être juste. Nous nous chargerons d’être heureux » Benjamin Constant
  

 Déjà le CETAD a envisagé les questions de l’enseignement de la morale après la disparition de la « morale des tableaux noirs » des écoles, promue par Jules Ferry et les « hussards noirs de la IIIème république ( cf Regards sur la société, Les tables de la morale, 14.11.2014).


          U n précieux recueil collectif vient de paraître sous la direction d’Eric Favey et Guy Coq, « Pour un enseignement laïque de la morale », éd. Privat, 2014. La question est bien posée par Jean Baubérot, La morale laïque hier et aujourd’hui (p.35-68). Mais la contribution la plus originale est celle de Bernard Quelquejeu, Morale citoyenne et morales englobantes. A propos de l’éducation morale des citoyens. La citation mise en exergue de ce chapitre dit clairement et simplement la visée du philosophe : « Que l’autorité politique se borne à être juste. Nous nous chargerons d’être heureux » (Benjamin Constant) ;

 

          Pour B. Quelquejeu, c’est l’avis de J. Rawls qui va permettre d’aller au-delà de Kant. Il est nécessaire de distinguer « la conception politique de la justice et les doctrines morales, philosophiques et religieuses qui perdurent dans cette société à travers les générations » (p.144).

Ainsi il y a d’une part une norme morale qui, dans la situation singulière d’une action, prescrit l’impératif concret s’imposant à l’acteur moral, et d’autre part  la motivation morale que l’acteur confère à son acte. 
B. Quelquejeu parle pour ces motivations qui peuvent être variées en termes de motivations « englobantes », qui pourraient être une morale religieuse et une morale athée. Faut-il user du terme « englobant » et de « morales englobantes », ou dire plus simplement « convictions » ? Pour un consensus de ces deux dimensions de la morale, une morale citoyenne doit rester discrète et « laisser ouverte la question d’une fondation jusqu’à être la dernière » (p.150).

          L a présentation peut être inhabituelle d’une morale, à la fois morale de citoyens unis et morale de convictions possiblement différentes. Elle paraît d’autant plus urgente aujourd’hui avec la coexistence de cultures différentes, notamment pour un discours interreligieux et une existence interreligieuse dans une école laïque Doit-elle inquiéter certains théologiens, interprétant la laïcité comme une « neutralité » quant à des convictions athées, religieuses ou humanistes ?

 

Ne serait-ce pas l’occasion de les inciter à lire « l’Epître à Diognète », texte du IIème siècle, magistralement édité par H.-I. Marrou en 1951 ( Sources chrétiennes 33 bis ) ?
Sans doute il y a une part d’apologétique dans les premiers écrits chrétiens. Ainsi « l’Epître à Diognète » présentera la vie chrétienne comme « l’âme du monde ». Mais c’est la présentation des chrétiens dans le monde qui est caractéristique. H.-I. Marrou souligne que dans « l’Epître à Diognète » les chrétiens ne sont pas une race d’homme particulière que définirait une ethnographie plus ou moins pittoresque : langue, costume, habitats et coutumes spécifiques (V, 2, 4 ; p.131). Les chrétiens avec leurs « convictions particulières vivent dans le monde ». Qui plus est, il n’y a pas simplement juxtaposition antinomique du monde et des chrétiens, mais bien synthèse entre immanence et transcendance, rapport étroit entre les deux plans. Le monde n’est pas - qui plus est - le lieu des fausses valeurs, il est aussi un instrument au service de l’acquisition des vraies (H.-I. Marrou, p.136). La formule de « l’Epître à Diognète » va être célèbre : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas des villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier…. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares selon les lois de chacune » (V, 1-4).

N’avons-nous pas dans ce texte le premier bréviaire de la morale laïque vécue par les chrétiens ?

Patrick JACQUEMONT, CETAD, mars 2015.

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