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Exposition Poussin et Dieu au Louvre, Paris 2015

Publié le Dimanche 10 mai 2015

Exposition Poussin et Dieu au Louvre, Paris 2015



Dieu est à la mode. On est pour, on est contre, on veut l'ignorer. Et pourtant il revient partout même dans la publicité. Une nouvelle fois est présentée une exposition autour de la représentation de Dieu, et c'est Poussin qui nous invite à parler religion, spiritualité. Faut-il être croyant pour parler, écrire, peindre sur Dieu ?

 

Cette superbe exposition est actuellement organisée au musée du Louvre, à Paris, à l'occasion du 350e anniversaire de sa mort . Il s'agit de mettre en lumière l'originalité de sa peinture sacrée qui fut la source de sa réflexion personnelle sur Dieu.

 

Faut-il être croyant pour parler, écrire, peindre sur Dieu. Certes la question est posée par beaucoup, Poussin était-il croyant ? On parle de lui tantôt comme d'un peintre étranger à la grâce, tantôt comme d'un grand poète chrétien, ou comme d'un libre penseur affranchi des dogmes de la religion ou encore comme d'un pieux lecteur de saint Augustin. Difficile d'appréhender Poussin. Jacques Thuillier (1928-2011) professeur à la Sorbonne puis au Collège de France, était convaincu que Poussin était une sorte de chrétien stoïcien.

 

L' œuvre de Poussin a des résonances multiples, peintre des nymphes endormies, des grands moments de l'histoire ancienne, sans exclure la peinture religieuse qui occupe tout de même plus de la moitié de son œuvre peint ; et la gloire de l'artiste s'est construite dès son vivant sur ses chefs d’œuvre d'art sacré. L'exposition veut montrer les multiples interconnexions établies par Poussin lui-même entre sujets sacrés et sujets profanes : elles constituent la singularité de son art. Il ne faudrait pas négliger la puissance d'invention de Poussin, capable au nom de la liberté poétique, de mêler le profane et le sacré pour mieux méditer les mystères de la religion.

 

Quand Poussin représente un sujet religieux, il se réfère à la Bible en posant pour principe que la réalité biblique porte une signification spécifique, qui ne relève pas simplement du sens allégorique. Poussin s'attache à la réalité des événements qu'il représente, ne recourant jamais à un symbolisme trop présent. Poussin travaillait à une époque où l'exégèse avait acquis une importance nouvelle dans un contexte de controverse religieuse : la Réforme voulait qu'on retrouve le texte même de la Bible, tandis qu' auparavant, le monde catholique privilégiait la tradition des Pères et aussi l'exégèse médiévale et ses quatre sens ou niveaux de lecture, littérale ou historique, allégorique, tropologique (recherche des étapes pour aller à Dieu) et analogique (recherche des réalités pour la fin des temps). A partir de 1614 Cornelius a Lapide (1567-1637), jésuite belge, publie son Grand Commentaire, document d'exégèse biblique utilisant des sources profanes comme Pline l'Ancien ou Flavius Josèphe pour mieux expliquer le contexte et la signification des événements décrits dans la Bible. Son but était de donner aux prédicateurs un outil biblique moderne, incitant un retour catholique aux sources bibliques elles-mêmes, ce qu'a demandé le Concile de Trente.

 

La réalité du texte biblique que Poussin transpose avec la plus grande exactitude, constitue le fondement du sens spirituel qui donne accès à la profondeur de la signification. Prenons pour exemple le tableau de « La manne, ou les Israélites recueillant la manne dans le désert » (1639), L'épisode historique ayant sa source dans le texte de l'Exode, (Ex 16,13-15) devient prétexte à la méditation. L'artiste y montre tous les degrés d'expression, du désespoir à la joie. Le peuple juif, autour de Moïse et d'Aaron, est affamé et prêt à se révolter. Il recueille la manne, nourriture miraculeusement tombée du ciel. Poussin décrit les réactions de chacun, certains se prosternent en signe de dévotion, d'autres se laissent aller à leur instinct de survie, récolter le plus possible de manne. Poussin enrichit sa composition de détails qui ne sont pas dans l’Écriture. C'est l'occasion de transcrire les différentes passions humaines. Poussin commentant son propre tableau, insiste sur la nécessité de lire attentivement, à découvrir « la variété des niveaux de perception, du détail au général pour mieux pénétrer le sens spirituel de la toile ». L'élaboration de la composition procède d'une méditation sur l'Ancien Testament et son enseignement moral à l'intention du chrétien. La manne invite à réfléchir sur la longue traversée du désert, image de la longue épreuve que doit endurer le chrétien durant sa vie terrestre. Cette manne du désert est la figure du sacrement eucharistique, la grâce offerte par Dieu, et le pain de vie dont se nourrit le chrétien pour cheminer vers le salut.

 

Dans la série des « Quatre saisons » (1660-1664) la représentation de la fin du monde chrétien se trouve surimposée au temps répétitif des cycles naturels, on y retrouve la tension bipolaire entre la terre et le ciel, par l'expression des gestes, par les regards qui se tournent implorants, vers la puissance, de nouveau agissante, foudroyante de Dieu. Dans « Le Printemps » (dont est ici représenté un détail), Dieu plane loin dans les cieux tandis qu'Adam le regarde depuis la terre. Poussin peint le bonheur de l'humanité dans l'innocence et l'amitié avec Dieu, avant qu'Adam et Eve n'écoutent le serpent.

 

Ainsi la peinture religieuse de Poussin est-elle en harmonie avec la spiritualité de son temps, époque à laquelle intervient un grand renouveau spirituel et la renaissance de l'art sacré. On insiste sur le mystère de l'incarnation, la dévotion à la sainte famille, la méditation sur la grâce divine qui intervient de manière providentielle dans la vie des hommes.

Le tableau de la « Sainte Famille » conservé à Detroit, (1641-1642) montre la Vierge jouant avec l'enfant comme une mère aujourd'hui fait sauter un enfant sur ses genoux, c'est naturel, c'est quotidien, c'est de l'amour. Tous croyants ou non croyants se retrouvent dans ce tableau. Les « Saintes Familles » ultérieures du peintre présenteront une spiritualité plus abstraite.

 

Le but de la peinture est de favoriser l'oraison, la rumination des textes bibliques, la méditation. Regardons « Le Ravissement de Saint Paul » (1649-1650), Poussin offre une méditation sur l'action de la grâce qui bouleverse nos existences. Le Brun avait commenté ce tableau comme une « théologie muette » identifiant chacun des trois anges soutenant saint Paul avec l'un des trois états de la grâce, prévenante, aidante et triomphante.

 

Finalement, Poussin n'aurait-il pas fait de la religion une affaire personnelle ? Dans sa peinture, il a mêlé deux mondes, le profane et le religieux, Poussin établit un pont entre l'Ancien et le Nouveau Testament, à une époque de conflits, quelle actualité !

Poussin nous invite à parler de peinture et de religion, à croire à la beauté, messagère de la paix.

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