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Diversité des spiritualités chrétiennes, Une spiritualité dominicaine ?

Publié le Dimanche 30 août 2015

Diversité des spiritualités chrétiennes, Une spiritualité dominicaine ?


LA SPIRIRITUALITE DE LA PAROLE
LES DOMINICAINS


Diversité des spiritualités chrétiennes

 

 

Au commencement de tout, il y a le don de la création, don du potier créateur, qui, après avoir tenté la figurine qui lui ressemblait le mieux, le moins mal, lui insuffla le souffle de ses narines. Ainsi naît l’homme, et la femme, côte à côte de lui. Alliance de vie que le Créateur, devenu antiquaire, restaurera sans cesse quand il sera besoin.

Au commencement de toute vie chrétienne, il y a le don du baptême, don de l’esprit, dans la communauté qui accueille le baptisé enfant présenté par ses parents, adulte préparé par le catéchuménat à Jérusalem au IVème siècle (« Le pèlerinage d’Ethérie », Sources chrétiennes). Don de la vie, assumant la vie humaine, don de Dieu, don de l’Esprit, charisme. Lors de l’essor de communautés charismatiques au temps du Concile Vatican II, le frère Y.M. –J. Congar s’insurgeait à sa manière violente de « sanglier des Ardennes » : « Ne nous volez pas le charisme du don de l’Esprit, ne le monopolisez pas, car c’est le don foncier de tous les baptisés. »

Déjà Paul aimait décrire la diversité des dons dans chrétiens dans la communauté : « Il y a certes diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit » (1 Co 12, 4). L’histoire de la vie chrétienne, de génération en génération, va développer cette diversité. Dons de service direct dans la communauté chrétienne et au-delà avec ou sans ordination. Le critère absolu est que le don charismatique est une don reçu et pour le bénéfice des autres et de l’intéressé, sous des formes adaptées aux situations présentes, sans concurrence, même s’i a pu y en avoir trop souvent (Clergé et vie religieuse, familles spirituelles entre elles). Ne soyons ni mesquins ni naïfs. Ouvrons les yeux sur la naissance de ces charismes devenus le plus souvent des fondations et pouvant aussi disparaître pour laisser place à d’autres (réformes ou renouveaux).

Ainsi pour le charisme dominicain. Tout commence en 1215 quand le jeune Dominique a pu réunir dans la maison de Pierre Seilhan les premiers frères. Fondation forgée par l’étude et l’accompagnement de Diego d’Osma, jusqu’en Dacie, en dialogue très vite avec les Cathares du Languedoc (catharos = pur), et très vite ensuite à travers les Universités, dont Paris. Les tableaux de l’histoire de la fondation dominicaine viennent d’être très bien présentés et illustrés par deux numéros de la Revue Amitiés dominicaines (2015, Province de France, 24 rue des Tanneries, 75013 Paris).

 

 

 

 

 

Une spiritualité dominicaine ?1

 

Celles et ceux qui sont devenus moniales dominicaines, frères prêcheurs, laïcs de fraternité dominicaine, savent qu’instinctivement ou après inventaire, ils ont frappé à la porte qu’ils espéraient, porte, parvis, qui pouvaient les introduire à la découverte de chapiteaux, de vitraux, de piliers et de voûtes, inséparablement articulés ensemble pour un édifice unifié, aux accès divers, vers une clé de voûte qui en serait le secret et le sceau. La spiritualité dominicaine, c’est l’éclatement du palmier des Jacobins à Toulouse : explosion de la parole de Dieu écoutée, enfouie, étudiée, disputée, prêchée et priée.

 

La parole écoutée qui se tait

Connaît-on assez la fresque de Fra Angelico pour le réfectoire des frères ? Un dominicain, Pierre de Vérone, inquisiteur et martyr, pose le doigt sur ses lèvres. « Silentium pater prédicatorum ». La parole pour être écoutée a besoin de silence. Brise légère que peut entendre Elie au creux du rocher (1 R 19, 12). Pour le prêcheur, c’est le silence qui donne à la parole le pouvoir de naître. Silencde de la cellule, silence du cosmos. Pour la tradition dominicaine, le cloître des monastères est devenu le monde.

 

La parole enfouie qui doute

La parole, si elle est comme un embryon au creux du ventre de sa mère, doit être bien accrochée, sinon il y aura fausse couche. La semence est semée, mais les résultats seront différents selon les sols et il y a le risque de l’ivraie. La parole pour naître doit accepter de mourir. C’est le doute au cœur de la foi. Il y a des crises de la foi. Ainsi Jérémie qui avait goûté la parole « avec ravissement et allégresse » (Jr 15, 10), mais voilà que ce pourrait être « ruisseau trompeur aux eaux décevantes » (Jr 15, 18). Il n’y a pas de frère prêcheur qui ne soit un jour douteux. Mais le « frère douteux » qui vit au milieu de ses frères qui ne doutent pas, peut-être pas à la même heure ou de la même façon que lui. Le doute de l’un peut s’appuyer sur la détermination de l’autre, et c’est la communauté qui prêche, au coude à coude.

 

La parole étudiée qui s’expose

La parole enfouie a travaillé le cœur qui l’écoute. Tout croyant est un curieux de Dieu, et le frère prêcheur est un explorateur de toutes les traces de la Parole. Non pas expertise, mais investigation, tous âges, tous terrains. Ce n’est pas seulement un puzzle à reconstituer mais aussi une tapisserie à « détresser », fil à fil. Il faut déconstruire pour reconstruire. La théologie dominicaine est « une foi qui s’expose », comme a osé le penser le frère Marie-Dominique Chenu : « Exposée aux risques des joies et des peines de ce temps » (Vatican II, Schéma XII).

Pour cela, les exposés magistraux ne suffisent pas. C’est l’heure de la disputatio, la dispute. Hier la Disputatio de Valladolid, mettant face à face, sur la question de l’âme des indiens, le dominicain Barthélémy Las Casas et le légat traditionaliste Sepulveda. Tout récemment la Dispute sur le vivant entre le biologiste Jean-Didier Vincent et le dominicain Jacques Arnould. La « foi exposée » dans la tradition dominicaine (Patrick Jacquemont, Jean-Pierre Jossua, Bernard Quelquejeu : Une foi exposée, Editions du Cerf, 1983).

 

La parole priée

Pas de foi chrétienne, née de l’Esprit, accompagnée de son souffle, sans la prière qui en est le secret. Prière secrète de l’aumône, du jeûne. Prière commune de l’office, de l’Eucharistie qui invoque l’Esprit dans l’épiclèse. La prière dominicaine est supplication de miséricorde et louange de gratitude. La prière dominicaine n’est pas seulement miséricorde et merci. Elle est prière « mystique ». On a pu parler d’un « vivier rhénan » de la mystique dominicaine. Entre Cologne et Colmar, on a compté une soixantaine de monastères de moniales entre 1250 et 1390. Sans compter Maître Eckart, Jean Tauler, Henri Suso. Et les « Lettres » et le « Dialogue » de Catherine de Sienne.

 

La parole prêchée

Pour conclure quant à la parole en tradition dominicaine, c’est conclure par ce qui pourrait être cité au commencement. La prédication. L’intuition de frère Dominique a pu être provoquée par son accompagnement de son évêque Diego d’Osma en Dacie. Car il a pu constater l’incapacité du légat pontifical entouré de douze abbés de l’Ordre de Citeaux de répondre à la prédication provocante des Cathares, purs des purs. Que pouvait faire la mise en place d’une croisade pour étouffer un surgissement très évangélique au nom de la pauvreté pure des Béatitudes. Dominique sait bien que l’argumentation livresque ne suffit pas. A Palencia, étudiant ému par la détresse des pauvres, il a vendu ses livres. Plus indispensable est la patience de toute une nuit avec son hôtelier jugé comme hérétique Ce sera la première fraternité de la prédication avec l’accord de l’évêque Foulques. A Rome, Honorius confirme la jeune fondation (1215). Dominique disperse les frères en Espagne, à Paris, Orléans, Cologne, Bologne. Parole étudiée et enseignée en Université, dans un monde devenu urbain qui éclate au XIIIème siècle.

 

***

Bien sûr l’Ordre des Prêcheurs n’a pas le monopole de la spiritualité de la Parole qui est celle de toute vie chrétienne. Mais ce qui compte dans une main, c’est son prolongement en cinq doigts indissociables. L’auriculaire, le doigt de l’écoute. Un doigt discret, celui de la prière. Le majeur, doigt de la Parole étudiée, explorée, exposée. Le pouce est le pilier porteur de la Parole. Et l’index que pointe le prédicateur pour indiquer le chemin de la vérité vivante.


Frère Patrick Jacquemont, op, Texte revu pour le CETAD, 08/08/2015, Fête de saint Dominique.

1 « De la spiritualité dominicaine », in « A la fin, qu’appelez-vous spiritualité ? », Panoramique 64, 3ème trimestre 2003.

Fra Angelico, (1400-1455), saint Pierre demandant le silence, couvent saint Marc Florence, 1441.

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