En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mercredi 7 octobre 2015
SOS réfugiés !
L’actualité est brûlante. L’Ecriture peut-elle nous aider à entrevoir une ligne de discernement qui nous établisse en disciples du Christ ? Hasards du calendrier, les textes de la liturgie du dimanche 13 septembre semblent avoir été rédigés par un de nos contemporains.
le livre d'Isaïe
« J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ? Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, les crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours… je sais que je ne serai pas confondu… Il est proche celui qui me justifie. » (Isaïe 50, 6-8) .
Avec ce passage du livre d’Isaïe (Is 50,6) nous voici dans le vif de la persécution. Coups, crachats, barbe arrachée, images crues réitérées à l’infini. Jusqu’à quand toute cette injustice, cette haine, ce refus de reconnaître le prochain, le petit enfant désemparé, le frère ? Ce texte est d’une actualité brûlante ! Autour de nous, en nous même, peu d’unité, sentiments contraires, opinions contradictoires, difficultés à envisager l’avenir et nous voici comme interdits, bloqués. Nous sommes nombreux à tenter de barrer la force des images par la force des idéologies ; tout nous est bon pour dissimuler notre absence d’empathie réelle. Pouvons-nous mettre sur le même plan nos petits soucis du quotidien et l’immense malheur généré par la haine du prochain ? Mais aussi, que faire, par où commencer ? Aurions-nous tout simplement perdu le fil de la vie, de notre vie ?
Voici que celui qui est humilié, rejeté, persécuté est celui à qui le Seigneur ouvre l’oreille (Is 50, 4), celui qui, à cause de cela même, a quelque chose à nous dire, à nous transmettre, à nous révéler de la part de Dieu : notre inhumanité trop humaine doit nous éclater au visage et au cœur, doit nous empêcher de dormir, nous faire hurler de honte, afin que le Seigneur crucifié et ressuscité nous trouve avec Lui, en vérité. Le visage du persécuté nous parle et nous parlera de notre méchanceté jusqu’à ce qu’elle ne nous nous soit plus supportable. Pas d’autre point de rencontre avec Celui que nous chantons, à tue-tête, tous les dimanches.
la lettre de Jacques
Jacques nous dit : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. » (Jc 2, 18) Ce principe est d’une terrible radicalité et il bat en brèche tous les discours qui s’accommodent de l’exclusion, de la relégation. Pas un baptisé qui puisse s’en affranchir !
le Pape François
Voici qu’un pape, François, demande aux communautés catholiques du monde de secourir ces déracinés, tous ces déracinés.
En France, le Conseil permanent des évêques relaie l’appel du Pape et le Grand Rabbin Korsia fait cette même adresse à sa propre communauté nationale. Ces requêtes pressantes sont mesurées et réalistes. Elles font la différence avec certaines autres prises de paroles par ce simple « tous » qu’elles proclament, haut et fort, et qui ne distingue pas entre les religions, les catégories sociales, les sexes, les âges ! Le droit à une vie digne n’est pas réservé à quelques uns. Il n’est pas affaire de communautarisme, mais il est consubstantiel au seul fait d’être homme. Lorsqu’il s’agit de sauver, il n’y a plus de clivages, de catégories. La soif de liberté qui meut ce flot de victimes est une chance pour nos sociétés assoupies et parfois cyniques. Ceux qui nous demandent de l’aide voient mieux que nous les trésors qui sont les nôtres ; ils les voient comme le bien le plus précieux à atteindre, à cultiver et à transmettre. Qu’ils restent en occident ou qu’ils retournent dans leurs pays d’origine, l’expérience de vivre dans des sociétés dans lesquelles la liberté de culte et la liberté d’opinion sont assurées par la démocratie les aura revivifiés ! Laissons les devenir les « bons serviteurs » de ces valeurs qui sinon risquent de s’éteindre et de nous emporter, tous ensemble, dans la mort.
Redisons ensemble ces paroles : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. ».
Maintenant, en conscience, pouvons-nous continuer à nous détourner ?
Paule Zellitch
Moise sauvé des eaux, Raphael, vers 1630, Louvre