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synode sur la famille 2015 (1)

Publié le Lundi 7 décembre 2015

synode sur la famille 2015 (1)

Surprise au Synode

 

Adriano Oliva, Amours. L’Eglise, les divorcés remariés, les couples homosexuels,

(Editions du Cerf, 2015, 166 pages, 14 €) (I)

 

Le CETAD vous propose sur trois semaines une présentation du beau livre du dominicain Adriano Oliva, qui nous permet de relire les débats ouverts lors du Synode sur la famille.

 

 

Surprise au Synode ! Le 22 octobre 2015, fête de Saint Jean-Paul II (la date a été sans doute délibérément choisie), un jeune dominicain italien, bien connu à Rome, car il préside la Commission léonine qui est en charge de l’édition critique des œuvres de Saint Thomas d’Aquin, se présente aux portes de l’aula du Synode. Il accompagne un théologien très réputé, mal connu aussi. Ce semble être un ancêtre, il est fatigué car il est venu à pied du Couvent Saint Jacques à Paris, comme il l’a déjà fait au XIIIème s. Le bas de la robe blanche est marqué par la poussière. Il a caché son auréole dans la capuche noire de sa chape noire. Sur le cœur, comme une décoration brillante qui pourrait être celle d’un Maître en théologie. « Vos papiers », demande le garde pontifical à la tenue bigarrée, rutilante. « Une Somme théologique », répond modestement celui qui demande à entrer au Synode. « Et quelques autres volumes », ajoute son jeune accompagnateur qui a la charge de leur édition critique ! L’informatique transmet en haut lieu. Les Pères synodaux s’étonnent car tous ne sont pas des lecteurs habituels de l’œuvre de Thomas d’Aquin. François se déplace jusqu’à l’entrée de l’aula et tombe dans les bras du nouvel arrivant, inattendu : « Thomas, quel honneur, quel bonheur ! » « Francesco, tout en blanc comme moi ! » (Depuis Pie V, dominicain élu comme pape et qui avait gardé sa robe blanche dominicaine, tous les papes sont vêtus de blanc). François fait applaudir Thomas par toute l’assemblée qui pourtant ne le connaît pas toujours très bien. « Pas de temps à perdre », dit François, qui donne aussitôt la parole à Thomas.

 

« Carissimi, chères auditrices et chers experts, je sais que vous avez beaucoup travaillé pour préparer ce deuxième Synode sur les familles. Puis-je à mon tour ajouter mon apport concernant les familles aujourd’hui, ceux que l’Eglise écarte, les divorcés remariés, ceux qu’elle exclut comme couples homosexuels ? Pour ce qui est des familles, je n’oublie pas que le traité du mariage contenu dans le Supplément à la Somme de théologie n’est pas de mon écriture, mais une compilation réalisée par Raynald de Piperno, qui a utilisé mon commentaire de jeunesse du IVème livre des Sentences de Lombard. Laissez-moi prendre la question du mariage entre Marie et Joseph, qui a trop souvent permis des considérations ironiques et irrespectueuses, en essayant de donner un sens nouveau au vocabulaire scolastique qui était le mien au XIIIème s. Pour moi, la forme (forma) qui constitue le mariage en tant que tel consiste en une certaine union indivisible des esprits et des cœurs (traduisons animus par « esprit et cœur »). Dans le vocabulaire de mon époque, je peux parler de « perfection première ». La « perfection seconde » serait la génération des enfants par l’acte sexuel. Pour Marie et Joseph, le mariage est parfait par rapport à la perfection première qui constitue le mariage comme tel. En revanche, par rapport à la perfection seconde, avec mon vocabulaire, qui est la génération des enfants par l’acte sexuel, le mariage de Marie et Joseph pouvait ne pas être parfait, même si leur mariage fut ouvert à cette possibilité. C’est le premier cru de mon travail, commentant le IVème livre des Sentences, que je vous redis là » Et de sortir de la poche de sa large robe une gourde de « bourguignon » qui donne envie à François de boire, lui aussi, un bon cru argentin. « Peut-être suffirait-il que je revienne au commentaire du livre VII de l’Ethique à Nicomaque d’Aristote, où je ne parle plus de fins primaire et secondaire du mariage, pour parler de raisons (rationes) en affirmant que « la raison propre de l’amitié conjugale, propre des êtres humains, est la vie en commun de l’homme et de sa femme »?

 

Avec Aristote, Thomas affirme que l’être humain est plus « conjugal » que politique, c’est-à-dire que la vie en famille précède la vie en société, dont la famille (societas domestica) constitue comme la cellule première et nécessaire. Un observateur orthodoxe prend alors la parole, pour faire remarquer, que, pour ce qui est de la société ecclésiale, il n’est pas juste (malgré ce qu’en dit Jean Chrysostome) de parler « de la famille comme église domestique ». L’Eglise n’est pas une famille, mais une « fraternité ».

 

« Il faut avancer », demande le cardinal Marx, archevêque de Munich. « Nous devons apporter une parole d’espérance aux couples divorcés remariés, interdits de vie sacramentelle . Les exhortations pontificales précédant le Synode signifient concrètement que les divorcés remariés doivent se séparer. Si cela n’est pas possible, il existerait une « dérogation à la séparation ». S’il y a dérogation à la séparation des divorcés remariés, ce serait pour des raisons humaines et pastorales : le bien des divorcés, celui des enfants et de leur éducation. Mais selon Benoît XVI le droit divin qui règle les sacrements ne permet pas d’exception »

 

Le jeune dominicain Adriano Oliva qui accompagne Thomas d’Aquin propose : « La seule réponse que l’on puisse donner est que, sur la violation et la trahison de ce précédent lien indissoluble, sont passés d’une part le repentir du divorcé remarié dans le sacrement de la pénitence et d’autre part la miséricorde divine qui a créé en son âme une réalité de grâce, renouvelant l’amitié naturelle qui le lie à l’autre. Les biens que cette nouvelle union comporte sont les raisons qui justifient la pratique de la dérogation, en tant qu’ils sont de vrais biens : l’amitié naturelle, le bien des individus, l’éducation des enfants » (p. 56-59 op. cit.). Faut-il dire « repentir », selon le texte d’Adriano Oliva ? Il s’agit de la responsabilité reconnue, même si elle est quelquefois unilatérale, du divorcé remarié dans le sacrement de pénitence sollicité.

 

« Est-ce au prix d’une pleine continence ? » interroge une des expertes choisies par le pape François. C’est le frère Adriano Oliva qui répond à nouveau : « La continence parfaite reste dans le for interne de la confession  (p. 61). Dans la confession, la continence parfaite relèverait du for interne. Mais le sacrement de la pénitence et de la réconciliation doit être manifeste, car il est important de considérer le caractère public ou ecclésial de tout sacrement. Il s’agit donc de rendre manifeste ce qui est, à savoir la réconciliation et la communion ! » C’est l’opinion également du cardinal W. Kasper après sa Conférence (reprise dans son livre L’Evangile de la famille, Editions du Cerf, 2014).

 

Thomas d’Aquin, que la fatigue du voyage n’a pas rendu somnolent, se cite lui-même : « Les sacrements sont des signes qui déclarent hautement la foi par laquelle l’homme est justifié » (Summa Theologica III a pars, q 61, a. 4). Au pape François, avec toute sa formation jésuite, de souligner que ce signe sacramentel suppose l’exercice d’un discernement qui est celui de l’epikeia, la vertu de prudence. Et au jeune dominicain Adriano Oliva de conclure : « Les divorcés remariés, sincèrement repentis - mieux vaudrait dire : conscients des responsabilités assumées et regrettées - et renouvelés par le sacrement de la pénitence seraient pour l’Eglise et pour le monde, un signe de la vérité de l’amour miséricordieux de Dieu qui convertit et qui sauve » (p. 66).

 

Ce beau et long débat sur l’accueil des divorcés remariés allait-il permettre d’aborder les questions posées par l’homosexualité et les couples homosexuels ? Un des ateliers linguistiques n’a pas eu le temps de le faire. Pour mieux traiter de ce qui peut être dit de ce problème délicat, nous retrouverons dans un prochain « Regard sur la société » le frère dominicain Adriano Oliva dans le couvent Saint Jacques à Paris (20 rue des Tanneries, 75013 Paris).

 

Patrick Jacquemont, op, CETAD 24/10/15, clôture du Synode

Icone représentant le VIIe concile œcuménique 

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