En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 14 décembre 2015
Scandale à la veille du Synode de Rome
Adriano Oliva, Amours. L’Eglise, les divorcés remariés, les couples homosexuels (II)
Scandale à Rome à la veille du Synode. Un prêtre polonais, le père Krzystof Olaf Charamsa, fonctionnaire du Vatican, dévoile son homosexualité et présente à la presse son compagnon. Sans honte ni posture contrite. Le 3 octobre, dans une lettre adressée au pape François, il accuse l’Eglise de semer la haine contre les gays : « Vous et votre Eglise avez réussi à transformer notre vie d’homosexuels en enfer ». Etait-ce là une provocation, singeant les discutables Femen, ou un plaidoyer pour un débat ouvert sur la sexualité et les couples homosexuels, lors du Synode ? Les réactions ont été diverses, du journal La Croix au Parisien libéré (29/10/15). Les conclusions du Synode ne tranchent pas le débat. Il est légitime et nécessaire d’apporter une pièce importante à ce débat. C’est ce que propose que le frère dominicain Adriano Oliva dans la deuxième partie de son livre Amours : les couples homosexuels. Considérations sur la sexualité à la lumière de l’enseignement de Saint Thomas d’Aquin, (Editions du Cerf, 2015, p.73-125).
Mais il faut d’abord relever que, si la position traditionnelle de l’Eglise catholique romaine est un refus du mariage homosexuel, elle a su être, pastoralement, un refus de l’homophobie. Dans la tradition protestante, il y a acceptation d’un débat, avec par exemple la « disputatio » entre le pasteur Marc Pernot, pasteur de l’Eglise Réformée du Louvre et le pasteur Antoine Nouis, théologien, directeur de Réforme (Cf. Regard sur la société, Cetad 16/11/12, et la remarquable étude de Jean-Daniel Causse, Homosexualité et éthique de la reconnaissance. La reconnaissance des couples homosexuels, Labor et Fides, 2000). La reconnaissance signifie le respect d’une forme de sexualité humaine. S’il peut y avoir reconnaissance et respect, « c’est que la foi chrétienne fait de l’homosexualité une question non pas secondaire mais seconde en regard d’une reconnaissance ultime qui ne dépend ni de l’hétérosexualité ni de l’homosexualité » (p. 99). « En perspective chrétienne, il y a déplacement, modification de l’ordre des identités, enracinement dans l’espace de la foi et donc rupture avec les logiques identitaires » (p. 100).
C’est une autre analyse que propose le frère Adriano Oliva, « suscitée par l’amitié et par l’accompagnement de personnes et de familles qui vivent des amours à la frontière, la frontière de l’Eglise visible » (Amours, p. 126). « Tant les personnes hétérosexuelles que les homosexuelles sont appelées, malgré leur fragilité, à apprendre du Christ un amour unique, fidèle et gratuit » (p. 118). S’il est possible de parler de l’égale dignité entre personnes hétérosexuelles et homosexuelles, c’est que la personne homosexuelle, bisexuelle, transsexuelle, à la lumière de l’enseignement de Saint Thomas, ne peut pas être considérée comme « différente » des personnes hétérosexuelles (p. 117). C’est la référence à l’œuvre de Saint Thomas, rigoureuse et renouvelée, qui permet d’aboutir à ces formules audacieuses, plus fidèles à Saint Thomas que les lectures répétitives des « pseudo-thomistes » d’hier et d’aujourd’hui. Ainsi il ne devrait plus être possible d’affirmer que « l’homosexualité est une conséquence directe du péché originel » (p.161, note 32). « La loi naturelle qui préside à la morale n’impose pas qu’une personne se marie ou qu’elle embrasse la vie religieuse, mais elle règle les exercices de ces inclinations naturelles » (p. 108). « L’inclination naturelle règle les actes humains à travers l’exercice des vertus, mais elle ne détermine pas la nature dans ses principes individuels » (p. 108).
La conclusion de ces analyses libératrices est bien théologique. « Amour, c’est aussi ce qui peut unir les couples homosexuels… couples liés par un amour réciproque des conjoints, qui a les caractéristiques propres de toute amitié véritable : l’unicité, la fidélité et la gratuité ». Tel est bien le refrain de ce livre : amour unique, gratuit. Non pas coup de cœur, mais « coup au cœur ».
Patrick Jacquemont, CETAD, Toussaint 2015