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synode sur la famille 2015 (3)

Publié le Mardi 15 décembre 2015

synode sur la famille 2015 (3)

Signes et signaux du Synode
Septembre - Octobre 2015

 

Le pape François, évêque de Rome, a prononcé l’homélie de clôture du Synode de Rome le 24 octobre. Avant même de pouvoir analyser dans le détail le bilan officiel de ce Synode des familles (vocabulaire plus adéquat à la réalité des débats que « Synode de la famille »), avec l’évaluation des scrutins différenciés du document intégral, il est important de souligner les signes de ce Synode au-delà des débats sur l’accueil des divorcés remariés à l’eucharistie et à propos de la reconnaissance des coupes homosexuels. Thèmes traités par le CETAD, sous les titres de « surprise » et de « scandale » au Synode, qui présentent l’analyse rigoureuse et inattendue du livre du spécialiste de la Commission léonine chargée de l’édition critique de l’œuvre de Thomas d’Aquin, le frère Adriano Oliva, Amours, l’Eglise, les divorcés remariés, les couples homosexuels (Cerf 2015).

 

Il serait très incomplet de réduire le bénéfice du Synode des familles à cette double attente de nombreux chrétiens, concernant les divorcés remariés et les couples homosexuels. Certains ont pu écrire, comme Xavier Lacroix, que ces questions étaient devenues un souci des clercs, affrontés à leurs pratiques pastorales, plus que des intéressés eux-mêmes. Cela est excessif et inexact, car ces questions sont pressantes dans la vie des communautés chrétiennes. Le Synode se voulant surtout pastoral, comme Jean XXIII l’avait demandé pour le Concile Vatican II, ne pouvait refuser le débat, sinon des décisions pratiques, sur ces questions douloureuses et délicates. L’urgent n’était pas de redire la doctrine traditionnelle de la famille, mais d’écouter la vie des familles dans leur diversité, pour pouvoir les accompagner. Pour cela le Synode romain, tel qu’il avait été créé par Paul VI (17 octobre 1965) ne convenait pas ; le pape François a donc étendu la synodalité (dans le temps et par les consultations populaires) et la collégialité (la responsabilité épiscopale prise au sérieux).

 

 

 

Le signe d’une nouvelle collégialité

C’est d’une manière inhabituelle que le Synode des familles, dans sa double session 2014-1015, a voulu faire appel à tous les chrétiens catholiques (sans exclusion de l’avis d’autres), à travers des questionnaires envoyés à tous les évêques, à charge pour eux de les diffuser dans leur diocèse, à leurs paroisses ? Des groupes divers ont pu s’exprimer : Centre pastoral Halles Beaubourg, CPHB ; Conférence catholique des baptisés de France, CCBF ; Mission de France ; Parvis…, ainsi que des lecteurs du journal La Croix, des théologiennes et des théologiens, en particulier le jésuite belge Philippe Bacq, dans la revue Etudes. Certains évêques ont publié les premières synthèses diocésaines : Bernard Housset, évêque de La Rochelle et Saintes, Jean-Jacques Descubes, archevêque de Rouen, Johan Bonny, évêque d’Anvers, avec« Les attentes d’un évêque diocésain » 

 

Une remarquable analyse de la première session (à Rome, en 2014) du Synode des familles a été proposée par le frère Ignace Berten, dominicain belge, Maître en théologie : « Miséricorde et doctrine. Enjeux théologiques et ecclésiologiques du Synode sur la famille », dès novembre 2014 (alors que, de manière étonnante, il n’y avait pas encore de publication officielle du Rapport final en français, le site du Vatican ne donnant que le texte italien). Cependant, dès le 29 novembre, la Documentation catholique, relayée par La Croix, proposait une traduction, non officielle.

 

Il restait encore près d’un an pour préparer la seconde session du Synode des familles, dans le cadre d’une ébauche retrouvée de la vie collégiale. C’est la « collégialité » qui reste le signe le plus marquant de ce Synode, dès les consultations préliminaires des chrétiens (sans aboutir encore à une composition équilibrée des membres de ce Synode). Le cardinal Oscar Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa (Honduras), coordinateur du conseil des cardinaux (C 9) a proposé que le prochain Synode des évêques traite de la synodalité, de la collégialité, de la décentralisation dans l’Eglise (La Croix 27 octobre 2015).

 

 

 

 

Le signe du dialogue, du débat.

Dès l’ouverture de cette seconde session du Synode des familles, le pape François, évêque de Rome, a demandé aux membres du Synode d’oser parler librement, de s’exprimer avec franchise, y compris au cours des séances du Synode : « Que chacun ose dire le fond de sa pensée » (Mgr Paul André Durocher, président de l’épiscopat canadien). Les groupes linguistiques, avec un nombre plus restreint d’intervenants, ont pu mettre plus aisément en œuvre cette demande. Le résultat a été significatif : ainsi dans la troisième synthèse du groupe de travail germanophone peut-on lire : « Dans un effort erroné pour respecter la doctrine de l’Eglise, des attitudes pastorales dures et impitoyables ont pu faire souffrir des personnes, en particulier les mères célibataires et les enfants nés hors mariage, les personnes cohabitant avant le mariage ou hors mariage, les personnes homosexuelles, les divorcés et les remariés. Comme évêques de notre Eglise, nous leur demandons pardon » (cité par La Croix, 23 octobre 2015, p. 16) Il est donc possible de dire que le pari du débat a été tenu. Il y a eu dialogue chaque fois qu’ il a été fait crédit à l’autre du meilleur de ce à quoi il tient.

 

Cependant la « lettre des 13 » - peut-être plus - qui a été remise au pape François pour critiquer sa manière de mener le déroulement du Synode, ne manifestait pas le même souci d’un débat ouvert par tous et pour tous. Elle a blessé le pape François et il a jugé bon d’intervenir en séance plénière. Il est certain que l’attitude « dialoguante » lors d’un débat, trop oubliée pendant longtemps dans les assemblées d’Eglise, gagnerait à s’inspirer de la tradition capitulaire. Ainsi, ouvrant une séance capitulaire, frère Bruno Cadoré, maître de l’Ordre dominicain, disait : « L’objectif d’un chapitre est que nous réussissions à travailler ensemble. Des commissions s’attèlent à des questions précises, les présentent à l’assemblée qui réfléchit à son tour à partir de ces interventions et les renvoient pour approfondissement. Ces aller-retour évitent la juxtaposition des idées et favorisent une intelligence collective. » Aux yeux du pape François, il faudrait renoncer à donner trop vite des réponses définitives, accepter l’incertitude (La Croix 23 octobre 2015, p.16). Dans le même souci d’un débat - dialogue, Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut Catholique de Paris, expert choisi par le pape François, aurait souhaité un ou des débats publics, à la manière des « disputationes » de Valladolid (au sujet de l’âme des Indiens) ou d’Oxford (concernant Newman et l’évolution). Par exemple une « disputatio » universitaire entre les cardinaux allemands Walter Kasper et Gérard Müller, deux solides théologiens d’un avis différent. « Cela aurait permis aux membres du Synode qui ne sont pas des spécialistes des questions sacramentelles ou bibliques de mieux comprendre les enjeux et d’aller plus loin (La Croix 23 octobre 2015).

 

Concernant l’exhaustivité du dialogue synodal, deux manques sont à relever dans le domaine de la représentativité. Le premier, dénoncé par toutes et tous (cf. Le Déni, de Maud Amandier et Alice Chablis, 2014) : la place des femmes quant au nombre et quant à la représentation significative. Il faut lire à ce sujet l’article plein d’humour de Lucetta Scaraffra, 67 ans, historienne et féministe italienne, l’une des 32 femmes invitées au Synode : « Et Dieu bouda la femme » (Le Monde 28 octobre 2015, p.14).

La place des couples a été soulignée (Equipes Notre Dame), mais quid des célibataires, femmes et hommes, des religieuses par rapport aux laïcs ? Puisque le sujet des divorcés remariés devait être abordé par ce Synode, ne devait-on pas faire place aussi aux divorcés qui veulent être fidèles à l’indissolubilité de leur mariage (Groupe Renaissance) ? Tout comme à ceux qui se remarient, les divorcés - remariés, pour lesquels certains groupes sont devenus accueillants (Equipes Notre - Dame, Tandems-Chemin Neuf), grâce notamment au travail théologique sur ces questions (Guy Delachaux, Michel Legrain, Patrick Jacquemont) depuis des années.

 

Une autre absence a été soulignée par Emmanuelle Rémond-Dulac, « Synode, où sont passés les enfants ? » (La Croix, 18 novembre 2015)  Le Synode des familles n’a-t-il pas été davantage celui du couple que celui de la famille ? Les Pères synodaux auraient-ils oublié que la sexualité du couple sert aussi à « fabriquer » des enfants ? Il ne s’agit pas seulement qu’un enfant puisse grimper sur le fauteuil du pape François, place Saint Pierre. L’assemblée synodale n’a pas à devenir une cours de récréation, mais n’est-il pas possible, par paroisse ou mouvement, par diocèse, peut-être à Rome, d’envisager une catéchèse multiforme, « catéchèse intergénérationnelle », parents avec enfants, sans écarter ou séparer les enfants. Cela a été réalisé avec des sessions des Equipes enseignantes, à l’Arbresle, et sans doute ailleurs. Le bénéfice est manifeste pour les enfants, les parents, les catéchistes ensemble.

 

Le signe de l’accomplissement

Un mot clé revient souvent dans les textes du Synode : accompagnement. A son retour à Paris, le cardinal André Vingt-Trois souligne bien la place de l’accompagnement. « Nous avons appelé les Eglises particulières à investir dans l’accueil des candidats au mariage et dans leur formation humaine et chrétienne, comme dans l’accompagnement des familles à travers les différentes étapes de leur histoire. Il y a avant le mariage, pour lequel la pédagogie pourrait être encore améliorée, mais on ne songe pas encore suffisamment à l’après, au suivi. Pourtant des expériences se mettent en place. Couples d’une année, puis de cinq, de dix ans, fêtant ensemble leur anniversaire de mariage, à l’échelon paroissial ou diocésain, à une date choisie selon les coutumes locales. Il y a des coutumes populaires laïques qui peuvent être lieux et temps d’évangélisation. De la saint Valentin le 14 février, qui fut initialement la fête d’un saint Valentin martyr, pour occulter une fête païenne licencieuse : jusqu’à la fête des Catherinettes le 25 novembre ! » Une insistance qui concerne toute la communauté ecclésiale invitée à l’attention et à l’invention. Désormais onprivilégiera une pédagogie à l’image de la pédagogie divine : Pédagogie divine, l’action de Dieu dans la diversité des familles, sous la direction de Catherine Fino (Cerf, 2015, 160 p., 15 €). Et déjà Patrick Jacquemont, Recherches sur la pédagogie de Dieu dans l’œuvre de Saint Thomas d’Aquin (Le Saulchoir, 1964, pro manuscripto).

 

Les signes perçus lors de ce Synode des familles doivent donc donner de l’espérance aux chrétiens d’aujourd’hui. Un frère dominicain, jeune évêque d’Oran, où fut assassiné le frère Pierre Claverie, a livré son témoignage à l’hebdomadaire protestant Réforme sur ce qu’a été pour lui l’expérience de ce Synode : « En arrivant au Synode, je savais que le signe infaillible de la réussite de ce Synode serait la joie qui habiterait notre cœur en quittant Rome. J’ai quitté Rome avec cette joie profonde qui m’a submergé et bouleversé au moment de la messe de clôture » (Réforme n° 3631, 5 novembre 2015, p.14).

 

Patrick Jacquemont, à la demande de Dominique de Pirey et de l’équipe du CETAD

25 novembre 2015, fête de sainte Catherine d’Alexandrie.

 

 

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