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Le pape François réhabilite le bon sens de Jésus

Publié le Jeudi 7 avril 2016

Le pape François réhabilite le bon sens de Jésus



Mort et résurrection. Jours si denses du Triduum pascal. Guerres, attentats, misère, ignorance, et Jésus, planté au cœur du cœur du monde, qui demande de pardonner ceux qui « ne savent pas ce qu’ils font », comme si le mal était si grand, que le pire des meurtriers ne pourrait en rendre l’entière mesure. Et voici que le pape François enjoint, aux prêtres, « d’exagérer » en miséricorde, seule manière, ultime manière de donner à sentir et à voir la douceur et la force vitale du Christ. Or, en ces jours, Leornardo Boff, théologien brésilien, publie un article qui pointe une des spécificités de Jésus pour montrer qu’elle peut être, qu’elle devrait être celle de tout pasteur véritable…

Bonne lecture !

Paule Zellitch

 

 

Le pape François réhabilite le bon sens de Jésus

08/03/2016

Le pivot central des discours de François n’est ni la doctrine, ni le dogme de l’Eglise catholique. Non qu’il en fasse peu de cas. Il sait qu’il s’agit de constructions théologiques historiquement datées, qui ont déclenché des guerres de religion, des schismes, des excommunications, qui ont brûlé des théologiens et des femmes (comme Jeanne d’Arc et d’autres considérées comme “sorcières”) sur les bûchers de l’Inquisition. Cela a duré des siècles et l’auteur de ces lignes a fait, lui même, l’amère expérience du réduit où l’on interrogeait les accusés, dans l’austère batiment de l’ex-Inquisition, situé à gauche de la basilique Saint Pierre.

Le pape François a révolutionné la pensée de l’Eglise en faisant le choix inconditionel de la méthode du “Jésus de l’histoire”. Elle actualise ce que l’on entend, de nos jours, par ‘tradition de Jésus”, antérieure aux actuels évangiles, rédigés 30 à 40 ans après sa crucifixion et sa mort. La “tradition de Jésus” ou ce que l’on appelle, dans les Actes de apôtres, “le chemin de Jésus”, se fonde davantage sur les valeurs et les idéaux que sur les doctrines. Essentiels sont l’amour inconditionel, la miséricorde, la justice, le pardon, et l’option préferentielle pour les pauvres marginalisés et l’ouverture totale à Dieu le Père. Jésus, en vérité, n’avait pas l’intention de fonder une nouvelle religion. Lui, il voulait nous apprendre à vivre, à vivre comme des frères, solidaires et attentifs les uns aux autres.

Ce qui ressort le plus en Jésus, c’est le bon sens. Nous, nous disons de quelqu’un qu’il a du bon sens quand il a la parole juste, en chaque circonstances, le comportement adéquat et, qu’à la volée, il saisit le point central de la question. Le bon sens est lié à l’expérience concrète de la vie.Il distingue l’essentiel du secondaire, il est capable de voir et de mettre chaque chose à sa place. Le bon sens est à l’opposé de l’exagération. C’est en cela, que les fous et les génies, qui par de nombreux aspects se ressemblent, ici, se différencient radicalement. Le génie exalte le bon sens, le fou minimise l’exagération.

Jésus, selon les témoignages des Evangiles, se révèla comme un génie du bon sens. Une sincérité sans équivalent traverse tout ce qu’il dit et fait. Dieu dans sa bonté, l’être humain dans sa fragilité, la société avec ses contradictions, la nature dans sa splendeur, apparaissent dans une immédiateté cristaline. Il ne fait pas de théologie. Il ne recourt pas à des principes moraux supérieurs, ne se perd pas dans une casuistique ennuyeuse et sans coeur. Ses paroles et ses attitudes mordent le concret à pleines dents et, là où la réalité saigne, il est conduit à prendre une décision, face à lui même et face à Dieu.

Ses monitions sont incisives et directes ‘Réconcilie toi avec ton frère, (Mt 5,24); ne jure pour aucune raison (Mt 5,34) ; ne résiste pas aux méchants et si quelqu’un te giffle la joue droite, tend lui l’autre aussi (Mt 5,39) Quand tu fais l’aumône, que ta main droite ne sache pas ce que fait la gauche (Mt 6,3).

C’est ce bon sens qui a manqué à l’Église institutionnelle (Papes, evêques, prêtres) et non pas à l’Église de la base, particulièrement sur les questions morales. En ces matières, l’Église-institution est sévére et implacable. Elle sacrifie les personnes, avec leurs douleurs, à des principes abstraits. Elle se maintient plus par le pouvoir que par la miséricorde. Les saints et les sages nous avertissent : là où règne le pouvoir, l’amour s’évanouit et la miséricorde disparaît.

Comme le pape François est différent ! Il nous dit que la qualité principale de Dieu est la miséricorde. Il répéte souvent “ Soyez miséricordieux comme l’est votre Père des cieux” (Lc 6,36). Il explique ainsi le sens étymologique de “miséricorde” : donner son coeur au pauvres, à ceux qui souffrent. A l’Angelus du 6 avril 2014, il déclarait d’une voix altérée : “Remarquez bien qu’il n’existe aucune limite à la miséricorde divine offerte à tous”. Il demande à la foule de répéter, ensemble et avec lui : “il n’existe aucune limite à la miséricorde divine offerte à tous”. Il fait unedéclarationde théologien, rappellant la conception de Saint Thomas d’Aquin, qui, lorsqu’il se référe à la pratique, affirme que la miséricorde est la plus importante des vertus, car “ il lui appartient de se consumer pour les autres et de les secourir dans leurs faiblesses”.

Empli de miséricorde devant les risques de l’épidémie de “zica”, il ouvre la possibilité de recourir aux contraceptifs, car il s’agit de sauver des vies : “Éviter la gestation n’est pas un mal absolu” a-t-il dit lors de son voyage au Mexique, au mois de février de cette année. Aux nouveaux cardinaux, il déclare clairement : “L’Église ne condamne pas pour toujours. Le châtiment de l’enfer, avec lequel elle tourmentait les fidèles n’est pas éternel. Dieu est un mystère d’inclusion, jamais d’exclusion. La miséricorde triomphe toujours.”

Cela signifie que nous devons interpréter les références à l’enfer dans la Bible, non pas de manière fondamentaliste, mais avec pédagogie, comme une des modalités parmi d’autres, capables de nous conduire à faire le bien. C’est logique, on n'entre pas dans la Trinité de n’importe quelle manière, nous passerons à travers l’action purificatrice de Dieu, jusqu’à faire irruption, purifés, dans la béatitude éternelle.

Voilà un message vraiment libérateur. Il est la confirmation de son exortation apostolique “La joie de l’Evangile”. Une telle joie est offerte à tous, aux non chrétiens aussi, car c’est un chemin d’humanisation et de libération.

Leonardo Boff, (chroniqueur au Jornal do Brasil on line et théologien)

https://leonardoboff.wordpress.com/2016/03/08/papa-francesco-riscatta-il-buon-senso-di-gesu

Traduction Paule Zellitch (14.03.2016)

 



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