En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Confesser la foi - Confesser le péché - Se confesser

Publié le Jeudi 28 avril 2016

Confesser la foi - Confesser le péché - Se confesser

CONFESSIONS


Confesser la foi - Confesser le péché - Se confesser

La Croix du mercredi 10/02/2016 en pleine première page : "Confession, le renouveau". "Pendant le Carême qui s'ouvre aujourd'hui avec la célébration du mercredi des Cendres, les fidèles sont appelés à se confesser. Une pratique qui connaît un vrai « regain ». La recommandation vient d'en haut, avec plus d'insistance depuis Jean-Paul II; et de même avec le pape François, qui se laisse filmer en direct alors qu’il se confesse lui-même dans la basilique Saint-Pierre. L’image fait écho aux confessionnaux de l'église Saint-Louis d'Antin, église sise entre la gare Saint-Lazare, les grands magasins et les propositions des prostituées des rues voisines. "Nous avons plus de 200 confessions par jour, jusqu'à 800 avant Noël ou Pâques", assure le curé de la paroisse. Parmi les pénitents, on remarque de plus en plus de jeunes. Ce qui est vrai aussi dans des lieux inhabituels, comme le festival d'Avignon. Et la confession fait partie intégrante des grands rassemblements catholiques tels que les J. M. J. En est-il de même à Taizé ? Le père Bernard Tolon, chanoine à la primatiale Saint-Jean de Lyon, évoque une rencontre bouleversante à Taizé, dans les bras du frère Roger. Mais ce temps fort de miséricorde était-il conforme à la tradition protestante qui ne reconnaît comme sacrement que le baptême et l'eucharistie ?
 
Quels sont donc le fondement et le développement de la confession dans la tradition catholique ?

Il y a des mots - clés à bien préciser pour éviter les confusions : le pardon, le péché, la pénitence, la réconciliation, avec une éventuelle dimension sacramentelle.
Le péché dans la tradition biblique est la rupture de l'Alliance avec Dieu. Ainsi la situation d'Osée, le prophète, et de sa femme Gomer n'est pas tant situation morale d'un couple, que rupture de l'Alliance du peuple d’Israël avec son Dieu (
Os 2, 9). De même, c'est le pardon de Jésus qui révèle à Zachée qu'il est pécheur, ce qui va lui permettre de changer de vie (Lc 19, 1-10). Avec la prédication de Jean le Baptiste, c'est le baptême qui donne la rémission des péchés (Mc 1, 4). Ce qui va se poursuivre avec le baptême dans la communauté chrétienne. Conversion, pénitence, pardon des péchés et baptême ne font qu'un.
Mais une question se pose très vite à la communauté chrétienne : que faire pour les baptisés qui ont « rompu » avec la communauté des baptisés (les apostats qui ont eu peur du martyre, par exemple) ? Ils en défigurent le visage, voulu par Jésus-Christ « sans tache ni ride » (
Ep 5, 27), condition nécessaire pour le témoignage du salut. La première réaction de la communauté a été sévère du fait de l'urgence de l'annonce du Royaume. Impossibilité d'une seconde rénovation (Hb 6, 4-6). C'est en fonction de la communauté chrétienne et de son témoignage que le péché est pris en considération. Il y aurait comme possibilité la correction fraternelle (Mt 18, 15-18) ; mais, si elle n'aboutit pas, c'est l'exclusion (1 Co 5, 3-5 et 14 ; 1 Th 3, 10-11). Le pardon avec la prière de la communauté est, peut être, envisagé lors de l'onction d'un malade (Jc 5, 14-16).
 
Que faire alors pour bien faire ?

La communauté chrétienne se trouvait renvoyée à ses responsabilités. Après le témoignage du Pasteur d'Hermas, c'est Tertullien, au début du IIIème siècle, qui prend le risque de la présentation du nouveau sacrement de la "réconciliation", une "seconde pénitence qui puisse ouvrir aux pécheurs qui frappent à la porte" (De la pénitence 7, 10), mais "une fois seulement". C'est la communauté qui accueille le pécheur et donne un signe public de la réconciliation. Vocabulaire qui souligne bien le caractère communautaire du pardon pour le péché. Avec des exigences très strictes qui pouvaient amener à réserver "in extremis" cette dernière "planche de salut". Heureusement, il y avait, pour la vie quotidienne de la communauté chrétienne, d'autres signes possibles de pardon, même s'ils n'étaient pas sacramentels : la récitation du "Notre Père", l'aumône, le jeûne. Cela devait-il suffire ?

 

De la réconciliation publique à la confession privée.
La réconciliation de la communauté avec le pécheur public reconnu comme tel perdura cependant au moins trois siècles. C'est dans le contexte de l'essor missionnaire et monastique en Irlande et dans les pays anglophones qu'une nouvelle étape se révéla possible. Quand les monastères, avec le Père abbé, eurent à accueillir dans leur communauté des candidats à la vie monastique, ces derniers durent "confesser" secrètement leur passé, leur "péché". Tout le vocabulaire devenait nouveau : "péché" au sens personnel, "secret", "aveu" des fautes, pour que puisse être "tarifiée" la pénitence en conséquence. Ainsi naquit la "confession". Cette nouvelle forme de démarche pénitentielle fut d'abord contestée dans l'Eglise, au nom de la discipline ancienne, mais on aboutit à une coexistence-concurrence des deux formes de pardon et à leur statut sacramentel. A péché grave public, pénitence publique. A péché grave occulte, pénitence secrète.

 

La confession, pénitence privée, secrète

C'est la confession, pénitence secrète, qui va se développer. Le concile de Latran en 1215 demande aux chrétiens de se confesser chaque année : "faire ses Pâques". Au XVIème siècle, le concile de Trente s'efforcera de montrer que la confession secrète n'est pas étrangère à ce que demande le Christ; à l'intérieur de toute une "construction" de la théologie des 7 sacrements ! Puis, dans le contexte de la Contre-Réforme, on fit porter l’insistance sur le rôle du ministère et l'importance de l'aveu. Le développement de la "direction spirituelle" (XVIIème s.), de "la confession de dévotion" (nouvelles congrégations féminines au XVIIIème s.), va déplacer le sacrement de la pénitence vers une démarche privée au détriment de son caractère ecclésial, avec des incidences profondes, moralisatrices, sur le sens du péché.

Au XXème s. ce sera l'importance de la confession qui va être remise en cause du fait, sans doute, de la déchristianisation, mais tout autant de la "mal façon" de la présentation du sacrement, devenu obligation disciplinaire, plus sociale qu'ecclésiale, pénitentielle que "pénitente", avec une pseudo-théologie du "péché", du "mérite". Que dire du "billet" de confession nécessaire pour la première eucharistie de l'enfant et de la confession avant communion eucharistique ? Toute une théologie des sacrements a pu ainsi dénaturer la démarche chrétienne. Le pardon n'est-il pas premier pour dévoiler le péché, plus que tout examen de conscience ? On doit reconnaître aussi de grosses "perversions" dans la pratique de la confession, notamment dans certains monastères, avec de nouvelles congrégations, mais aussi pour des laïcs et laïques, avec des enfants...

La littérature a pu contribuer à souligner certaines caricatures de la confession, depuis la Religieuse de Diderot, mais aussi chez Guy de Maupassant, La confession de Théodule Sabot (1883). La littérature aussi a pu laïciser le vocabulaire de la "confession", avec Les Confessions de J.-J. Rousseau (1781-1788), La Confession d'un enfant du siècle d'Alfred de Musset (1836). Ne peut-on pas dire également que les Confessions d'Augustin, qui ont pu éveiller tant de conversions et de découvertes pour la foi, ne renvoient pas directement à une démarche de confession ? Il a été proposé aujourd'hui de traduire le titre par Aveux. Mais c'est bien de confession que nous parle Le journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos (1936), si bien illustré par Robert Bresson.
Où en sommes-nous ?

 

Restauration ou renouveau de la confession ?

Devant la désaffection de la pratique de la confession, il y a eu dès 1950 des tentatives pastorales intéressantes. Dans de nombreuses paroisses, en France notamment, ont été élaborés "des dimanches communautaires de pardon". C'est la communauté qui était invitée, mais il ne s'agissait pas d'absolution collective. Présence de ministres du pardon, échanges fraternels entre voisins, et invitation à des rencontres personnelles pour qui le souhaiterait. Lectures bibliques choisies, avec monitions ou prédications. Ce qui était souligné, c'était la célébration communautaire, ecclésiale, avec l'insistance ou la théologie de la parole retrouvée à Vatican II.
Par contre, c'est la confession individuelle qui est demandée et soulignée dans les "plages" de confession, le plus souvent à l'occasion de rassemblements forts comme les Journées Mondiales de la Jeunesse. Le "rassemblement" souligne le caractère ecclésial, peut-être plus encore que le ministre du pardon lui-même, ce qui est vrai dans toute confession qui doit être ecclésiale pour être sacramentelle. Le "pénitent" ne se confesse pas à Dieu directement. Cependant les jeunes attendent aussi un "dialogue personnel". On peut supposer que dans un univers très collectivisé, en même temps que très individualisé, il y ait pour beaucoup une demande d'intériorité, alors même qu'ils-elles sont submergés d'informations éclatées et massives à la fois. Il se peut qu'il y ait alors une demande de silence autant que d'écoute dans ces "nouvelles confessions". Mais cette demande ne pourrait-elle pas relever de la psychologie thérapeutique ? Comment peut être mise en valeur la dimension "théologale" de la confession ? Il ne saurait s'agir du soulagement de l'absolution, ce qui serait une réduction très psychologique. Le don de Dieu n'est pas postérieur à une confession ; il est antérieur à celle-ci. C'est le don de Dieu qui a suscité la démarche de pardon. La pénitence n'est pas "peine" (
poenitentia), mais manque encore (paenitentia).
Si c'est le pardon de Dieu qui est promis par l'annonce de la parole de Dieu, celle-ci devant être toujours première et non postérieure à l'aveu, la réaction théologale est celle de ce qu'il faut bien entendre : "encore, encore, encore, plus de ce don de Dieu qui est pardon" (
paenitentia : pas assez, encore !). Quel chemin parcouru depuis la dizaine de rosaire proposée comme pénitence. Il ne s'agit plus de "se confesser", mais de "confesser Dieu " un Dieu toujours prêt à pardonner le fils perdu, avec une attente miséricordieuse. Confesser Dieu doit être le point de départ de la démarche d'une confession.

 

Confesser Dieu, confesser le péché

On peut mesurer le chemin parcouru. C'est le lent effort d'une communauté qui va permettre de préciser le contenu de la confession de foi - qui reconnaît en même temps le péché - ce qui fait que la tradition retiendra conjointement la confession de foi et la confession des péchés. Avec Jean-Baptiste, la reconnaissance du péché va inviter à la conversion (Mt 3, 1-2). Mais avec Jésus, le pardon précède la prise de conscience du péché, le dévoile comme avec Zachée (Lc 19, 1-10), ou la femme accusée d'adultère (Jn 8, 1-11).

Plutôt que d'inviter les jeunes et les moins jeunes à "se confesser", ne faudrait-il pas d'abord proposer de chercher ce que peut être pour eux une confession de foi ; non seulement en se référant aux mises au point théoriques des premiers Conciles, mais en usant de révisions permanentes, modernes, telle que la confession de foi de Paul VI ; ou en adoptant la nouvelle formulation du "Credo", que va tenter l'Eglise protestante unie dès 2017, après celles de Nicée, Chalcédoine, Augsbourg. Quelle belle tâche de confession !

 

Patrick Jacquemont, CETAD, Pâques 2016

 

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