En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 28 avril 2016
CONFESSIONS
De la réconciliation publique à la confession privée.
La réconciliation de la communauté avec le pécheur public reconnu comme tel perdura cependant au moins trois siècles. C'est dans le contexte de l'essor missionnaire et monastique en Irlande et dans les pays anglophones qu'une nouvelle étape se révéla possible. Quand les monastères, avec le Père abbé, eurent à accueillir dans leur communauté des candidats à la vie monastique, ces derniers durent "confesser" secrètement leur passé, leur "péché". Tout le vocabulaire devenait nouveau : "péché" au sens personnel, "secret", "aveu" des fautes, pour que puisse être "tarifiée" la pénitence en conséquence. Ainsi naquit la "confession". Cette nouvelle forme de démarche pénitentielle fut d'abord contestée dans l'Eglise, au nom de la discipline ancienne, mais on aboutit à une coexistence-concurrence des deux formes de pardon et à leur statut sacramentel. A péché grave public, pénitence publique. A péché grave occulte, pénitence secrète.
La confession, pénitence privée, secrète
C'est la confession, pénitence secrète, qui va se développer. Le concile de Latran en 1215 demande aux chrétiens de se confesser chaque année : "faire ses Pâques". Au XVIème siècle, le concile de Trente s'efforcera de montrer que la confession secrète n'est pas étrangère à ce que demande le Christ; à l'intérieur de toute une "construction" de la théologie des 7 sacrements ! Puis, dans le contexte de la Contre-Réforme, on fit porter l’insistance sur le rôle du ministère et l'importance de l'aveu. Le développement de la "direction spirituelle" (XVIIème s.), de "la confession de dévotion" (nouvelles congrégations féminines au XVIIIème s.), va déplacer le sacrement de la pénitence vers une démarche privée au détriment de son caractère ecclésial, avec des incidences profondes, moralisatrices, sur le sens du péché.
Au XXème s. ce sera l'importance de la confession qui va être remise en cause du fait, sans doute, de la déchristianisation, mais tout autant de la "mal façon" de la présentation du sacrement, devenu obligation disciplinaire, plus sociale qu'ecclésiale, pénitentielle que "pénitente", avec une pseudo-théologie du "péché", du "mérite". Que dire du "billet" de confession nécessaire pour la première eucharistie de l'enfant et de la confession avant communion eucharistique ? Toute une théologie des sacrements a pu ainsi dénaturer la démarche chrétienne. Le pardon n'est-il pas premier pour dévoiler le péché, plus que tout examen de conscience ? On doit reconnaître aussi de grosses "perversions" dans la pratique de la confession, notamment dans certains monastères, avec de nouvelles congrégations, mais aussi pour des laïcs et laïques, avec des enfants...
La littérature a pu contribuer à souligner certaines caricatures de la confession, depuis la Religieuse de Diderot, mais aussi chez Guy de Maupassant, La confession de Théodule Sabot (1883). La littérature aussi a pu laïciser le vocabulaire de la "confession", avec Les Confessions de J.-J. Rousseau (1781-1788), La Confession d'un enfant du siècle d'Alfred de Musset (1836). Ne peut-on pas dire également que les Confessions d'Augustin, qui ont pu éveiller tant de conversions et de découvertes pour la foi, ne renvoient pas directement à une démarche de confession ? Il a été proposé aujourd'hui de traduire le titre par Aveux. Mais c'est bien de confession que nous parle Le journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos (1936), si bien illustré par Robert Bresson.
Où en sommes-nous ?
Restauration ou renouveau de la confession ?
Devant la désaffection de la pratique de la confession, il y a eu dès 1950 des tentatives pastorales intéressantes. Dans de nombreuses paroisses, en France notamment, ont été élaborés "des dimanches communautaires de pardon". C'est la communauté qui était invitée, mais il ne s'agissait pas d'absolution collective. Présence de ministres du pardon, échanges fraternels entre voisins, et invitation à des rencontres personnelles pour qui le souhaiterait. Lectures bibliques choisies, avec monitions ou prédications. Ce qui était souligné, c'était la célébration communautaire, ecclésiale, avec l'insistance ou la théologie de la parole retrouvée à Vatican II.
Par contre, c'est la confession individuelle qui est demandée et soulignée dans les "plages" de confession, le plus souvent à l'occasion de rassemblements forts comme les Journées Mondiales de la Jeunesse. Le "rassemblement" souligne le caractère ecclésial, peut-être plus encore que le ministre du pardon lui-même, ce qui est vrai dans toute confession qui doit être ecclésiale pour être sacramentelle. Le "pénitent" ne se confesse pas à Dieu directement. Cependant les jeunes attendent aussi un "dialogue personnel". On peut supposer que dans un univers très collectivisé, en même temps que très individualisé, il y ait pour beaucoup une demande d'intériorité, alors même qu'ils-elles sont submergés d'informations éclatées et massives à la fois. Il se peut qu'il y ait alors une demande de silence autant que d'écoute dans ces "nouvelles confessions". Mais cette demande ne pourrait-elle pas relever de la psychologie thérapeutique ? Comment peut être mise en valeur la dimension "théologale" de la confession ? Il ne saurait s'agir du soulagement de l'absolution, ce qui serait une réduction très psychologique. Le don de Dieu n'est pas postérieur à une confession ; il est antérieur à celle-ci. C'est le don de Dieu qui a suscité la démarche de pardon. La pénitence n'est pas "peine" (poenitentia), mais manque encore (paenitentia).
Si c'est le pardon de Dieu qui est promis par l'annonce de la parole de Dieu, celle-ci devant être toujours première et non postérieure à l'aveu, la réaction théologale est celle de ce qu'il faut bien entendre : "encore, encore, encore, plus de ce don de Dieu qui est pardon" ( paenitentia : pas assez, encore !). Quel chemin parcouru depuis la dizaine de rosaire proposée comme pénitence. Il ne s'agit plus de "se confesser", mais de "confesser Dieu " un Dieu toujours prêt à pardonner le fils perdu, avec une attente miséricordieuse. Confesser Dieu doit être le point de départ de la démarche d'une confession.
Confesser Dieu, confesser le péché
On peut mesurer le chemin parcouru. C'est le lent effort d'une communauté qui va permettre de préciser le contenu de la confession de foi - qui reconnaît en même temps le péché - ce qui fait que la tradition retiendra conjointement la confession de foi et la confession des péchés. Avec Jean-Baptiste, la reconnaissance du péché va inviter à la conversion (Mt 3, 1-2). Mais avec Jésus, le pardon précède la prise de conscience du péché, le dévoile comme avec Zachée (Lc 19, 1-10), ou la femme accusée d'adultère (Jn 8, 1-11).
Plutôt que d'inviter les jeunes et les moins jeunes à "se confesser", ne faudrait-il pas d'abord proposer de chercher ce que peut être pour eux une confession de foi ; non seulement en se référant aux mises au point théoriques des premiers Conciles, mais en usant de révisions permanentes, modernes, telle que la confession de foi de Paul VI ; ou en adoptant la nouvelle formulation du "Credo", que va tenter l'Eglise protestante unie dès 2017, après celles de Nicée, Chalcédoine, Augsbourg. Quelle belle tâche de confession !
Patrick Jacquemont, CETAD, Pâques 2016