En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Immigré, migrant : l'étranger

Publié le Mercredi 5 octobre 2016

Immigré, migrant : l'étranger

IMMIGRE, MIGRANT : L’ETRANGER

FRONTIERES –FRATERNITE

Colloque ATEM, Association de théologiens pour l’étude de la morale.

Chaque année, très fidèlement, l’ATEM rassemble une cinquantaine de moralistes protestants et catholiques en tournant entre les lieux où la théologie morale a sa place : Lille, Strasbourg, Paris, Lyon jusqu’en Italie et au Canada. Cette année, le colloque préparé par la Faculté de Théologie protestante de Montpellier, se déroula comme il y a douze ans au Lazaret à Sète, animé par Jean-Daniel CAUSSE (Psychanalyse, Université de Montpellier 3)

- Pour ouvrir le colloque, Jean-Daniel CAUSSE souligna la nécessité de bien préciser le vocabulaire : immigré, migrant, étranger. Il y a quelque chose de structurel : un être humain n’a jamais d’autre lieu que « l’autre ». Le pays natal, la langue maternelle. Ce que Jacques DERRIDA appelle « l’autolinguisme de l’autre ». Que signifie alors la frontière ? Une nécessité, une protection, une défense ? Ce sera la méconnaissance du voisin, ce que FREUD appelle le narcissisme des différences. Nous sommes unis ensemble dans la haine de l’autre. Que signifie alors, traverser la frontière ? Franchir, passer outre ? Cela au nom d’un universel qui n’appartient à personne.

- Frontières et migrations, Catherine WIRTHOL de WENDER (CNRS). Avec l’autorité et la précision d’une spécialiste reconnue des migrations, Catherine W.W  constate le lien entre la mondialisation, un monde qui bouge et les migrations. Le premier signe, c’est le « droit de sortir » (1990) et l’accès aux passeports. Aller ailleurs. Ce qui va créer l’obsession des frontières. Frontières qui apparaissent comme pour être transgressées (traversées ?) Mais quand transgressa la frontière ?

- L’homme à la recherche de son identité, Hans Christoph ASKANI (UNIGE) Les réfugiés et immigrés seraient le fruit de « l’étranger ». Nous sommes tous des étrangers, partout. L’étranger est trop étranger pour qu’il puisse être entendu. Plusieurs réactions apparaissent avec l’étranger : une excitation, une irritation et une peur ; excitation, car l’étranger manifeste qu’il existe autre chose. Mais surtout l’irritation car l’étrangeté nous attaque. Alors vient la peur. L’étranger nous attaque par son étrangeté. Pour le grec, l’étranger ne se laisse pas comprendre : il est un « barbare ». Il est inaccessible, il est « incomparable », soustrait à la comparaison.

Le refus des étrangers, c’est le refus de l’étrangeté en nous. Le « ça » en moi, en dehors de moi ; le « sur-moi ». « Je suis un autre » (Rimbaud). C’est le « je » encore caché aux yeux des autres et au plus profond de moi-même. « Ich bin, aber ich nicht » ( DUNS SCOT, XIIIème.siècle). Je ne me possède pas. Ce que Martin BUBER a bien exprimé : « En disant « tu », je deviens « je ». Paul RICOEUR parle « d’identité narrative ».Je suis qui je suis, entre « je » et l’étranger. La peur de l’étranger est peur de l’étranger à nous et en nous.

- Réflexions sur la territorialité dans quelques récits de l’Ancien Testament, Dany NOCQUET (IPT, Montpellier). « Une frontière pour se reconnaître et vivre ensemble » - Il est nécessaire de reconnaître ce qu’Israël doit à ses voisins (Ex 1 et 18) - Une frontière pour se reconnaître et vivre ensemble (Gn 31, Jos 22) - Patriarches sans frontières (Gn 20 et 26)

Conclusion : « La terre promise est déterritorialisée », les frontières sont assumées. La terre est à Dieu. Elle est ce que YHWH donne pour que vous puissiez cultiver. Elle est là où le peuple vit sa foi.

 

 

 

- L’Evangile de Paul : Sans frontières ou Nouvelles frontières ? Yara MATTA (ICP) Paul est l’homme des combats et des ruptures.

Premier combat, la vérité de l’Evangile : c’est la question de la circoncision. Quelle est l’identité qui est en cause ? Quelles sont les valeurs des frontières, en fidélité aux racines ? (Ph 3, 2-3).

Le deuxième combat est celui de l’identité des valeurs, la recherche d’une intériorité.

Le troisième combat est celui de l’argent, la vérité de l’Evangile au risque du partage et de l’engagement (Ph 4, 10-20).

Un quatrième combat est celui de la vérité de l’Evangile au cœur du discernement (Ph1, 12-26)

(P.J. : « Ne faut-il pas remettre en cause l’usage abusif du vocabulaire des valeurs en théologie morale ? » cf Patrick JACQUEMONT, avec Olivier ABEL et Guy COQ, Forum des Communautés Chrétiennes, 12/11/2000, « Le valoir et les valeurs : la visée et le vœu »)

- Ethique des frontières et justice des communs, Cécile RENOUARD (Centre Sèvres, ESSEC) «  Nous avons besoin de renforcer la conscience que nous sommes une seule famille humaine. Il n’y a pas de barrières, ni de barrières politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler » (Pape FRANCOIS, Laudate si, 2015, n°52) C.R. présente les communs comme « une démarche d’interprétation et d’action collectives en vue de la répartition et de l’usage des biens au service du lien social et écologique » Ce qui la conduit à présenter un « toit » de nouvelles frontières dans un monde commun « et » une « terre », les états-patries, condition de la justice des communs pour un toit, une terre, un travail, limitée au service des communs. L’originalité et la finesse des réflexions nourries de citations du Pape FRANCOIS demanderaient une réflexion détaillée, ainsi qu’un débat sur le « bien commun »

- Entre fraternité sans frontière, et frontière sans fraternité, Guilhem ANTIER (IPT)  La fin de l’homme rouge : Quand une frontière retracée efface la fraternité, la disparition de l’ennemi extérieur fait place à l’apparition de l’ennemi intérieur. Des frères se trouvent privés d’ennemis communs. C’est alors la haine qui joue une fonction unificatrice. Exclure devient une manière d’inclure. La haine et la destruction demandent de tracer des frontières. La privation de haine exclut l’amitié. Pour FREUD, la haine a une fonction unificatrice. Mais la guerre civile va politiser les rapports familiaux. De la guerre civile à la guerre civilisée : frontière de la parole et politisation de la haine. Fraternité et haine vont a lors se lier, comme un doublet. On ne haït que son frère : haine fraternelle. Ce frère qu’on ne veut pas est le plus proche en fait. Haine de soi comme un autre. Mais, peut-on se demander si un mur citoyen peut être l’occasion de tracer une frontière fraternelle ?

 

C’est Alain TOMASSET, président de l’ATEM qui devait conclure, sans pour autant poser de nouvelles frontières aux débats l’ayant ouvert. Il souligne les mots-clés revenus dans les prises de parole : un besoin d’identité, avec les deux faces de celle-ci selon P.RICOEUR, la face ensoleillée et la face sombre. C’est le « soi-même comme un autre ».La frontière peut être reconnaissance réciproque avec la tentation de l’exclusion.

 

Patrick JACQUEMONT, CETAD, 01-03/09/16

 



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