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OSCAR ROMERO, PIERRE CLAVERIE, JACQUES HAMEL

Publié le Jeudi 3 novembre 2016

OSCAR ROMERO, PIERRE CLAVERIE, JACQUES HAMEL

Qu’est-ce qu’un martyr pour la foi chrétienne ?

 

Qui nomme-t-on martyr dans les religions, les Eglises chrétiennes et, par extension, dans la vie humaine quotidienne  (femmes violées, enfants battus, travailleurs-esclaves)? Pour la vie chrétienne le « martyr » (grec : marturos ) est le « témoin » qui témoigne de la personne et de la vie de Jésus-Christ, vocation fondamentale de tout baptisé, laïc, clerc, religieux et religieuse, dès l’enfance, en couple…Mais il faut préciser. Les martyrs sont des témoins « jusqu’à l’extrême », la mort, le plus souvent provoquée par des adversaires opposés à la foi ou aux convictions de foi du martyrisé. Faut-il toujours préciser « martyr tué en haine de la foi », une foi qui dénonce ou menace la personne qui va exécuter, éliminer le martyr ?

Dans la désignation de « martyrs chrétiens » la référence la plus habituelle est celle des premiers chrétiens qui ont témoigné de leur foi jusqu’au martyre dans les arènes, livrés aux bêtes, victimes des gladiateurs. Ces premiers martyrs ont laissé leur nom : Blandine, Pothin - le premier évêque de Lyon – avec leurs 46 compagnons*, en 177, dans l’amphithéâtre de Lyon. Au XIXème siècle en Afrique Noire, des missionnaires ont donné aux nouveaux baptisés les noms des martyrs de la Gaule du IIème siècle, comme pour inviter les nouvelles communautés de baptisés à devenir de nouvelles générations de témoins.

Au cours de l’histoire, les Eglises ont donné naissance à de nouveaux martyrs, sans qu’une unique culture en ait eu le monopole. Qui étaient les martyrs au temps des Croisades ? Peut-on parler des martyrs (res) de la Saint Barthélémy, et lesquels ? Faut-il, plus radicalement, parler de martyre pour le Massacre des Saints Innocents, évoqué par l’évangéliste Matthieu (Mt 2,16), composition d’ailleurs plus théologique qu’historique ? Tout comme pour le vieil Eléazar et les Sept Frères du Livre des Maccabées (2M 6,18- 7,42) dans un contexte théologique autant que politique, un certain nombre de Juifs refusant d’enfreindre les préceptes de la Loi Juive, et résistant aux pressions du tyran hellénistique Antiochus IV Epiphane. A l’heure de l’Inquisition, créée par le pape Grégoire IX contre l’hérésie des Cathares, qui sont les martyrs de la foi ? Ainsi qu’en est-il de Pierre de Vérone, dominicain Inquisiteur, dont Fra Angelico a peint sur une fresque du couvent dominicain de Florence, le crâne blessé, un doigt sur les lèvres, comme pour inviter au silence !

Au XXème siècle, la place donnée au culte des saints va restaurer le souci de la connaissance des martyrs, mais toujours en lien avec des idéologies politiques. Ainsi, le Père Jerzy Popiélusko en Pologne, à l’heure du soviétisme ; le pasteur Dietrich Bonhoeffer dans l’Allemagne nazie ; et ceux et celles qui perdirent leur vie au sein des Camps de la Mort, tels que Max Gallo, militant de la JAC française, Anne Franck, immortalisée par son Journal, Etty Hillesum, Edith Stein.

Ces derniers exemples de martyrs pour la foi permettent d’analyser de manière précise les attestations de celles et ceux qui sont reconnus comme martyrs dans un contexte encore plus contemporain : Oscar Romero, au Salvador ; Pierre Claverie, à Oran ; et aujourd’hui Jacques Hamel.

Les lenteurs romaines de la reconnaissance d’Oscar Romero comme martyr sont évidemment liées à la critique romaine de la Théologie de la Libération. Il fut pourtant bien assassiné en célébrant l’eucharistie à San Salvador. Assassinat politique, ou martyre de la foi qu’il prêchait avec audace ?

Même question pour le frère dominicain Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné à la porte de son évêché, avec son jeune chauffeur musulman, Mohamed, au retour d’une rencontre épiscopale à Alger. Sans doute pour ses affirmations répétées de la nécessité d’un dialogue islamo-chrétien, qui était le cœur de sa vie.

Quant à Jacques Hamel, il est tué sauvagement, un poignard sur la gorge alors que, comme Oscar Romero, il célébrait l’eucharistie dans une période de conflit entre le monde occidental et des groupes d’islamistes prêchant le Djihad, au sens guerrier du terme.

Dans ces trois cas, s’il y a martyre lié à la foi, les occurrences politiques et idéologiques sont manifestes ; ce qui ne dénature pas pour autant le fait du martyre.

De Patrick JACQUEMONT, CETAD

 

 

*http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1259/Saints-Blandine-et-Pothin.html

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