En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Peut-on faire encore confiance au politique ?

Publié le Lundi 2 janvier 2017

Peut-on faire encore confiance au politique ?

A la veille des échéances électorales, peut-on faire encore confiance au politique ?

 

Le Conseil Permanent de la Conférence des Evêques de France vient de publier chez Bayard, Cerf et Mame un opuscule intitulé Dans un monde qui change retrouver le sens du politique. Cet opuscule est un grand succès de librairie.

Les évêques commencent par un constat de la crise sociale, écologique, spirituelle qui traverse notre pays, et qui s’exprime dans un discrédit grandissant envers « le politique ». Il y a dans notre pays une véritable crise de confiance envers ceux qui sont chargés de veiller au bien commun et à l’intérêt général, accusés d’ambitions personnelles, de manœuvres et calculs électoraux, de paroles non tenues…1 On reproche au politique d’être coupé des réalités, et de manquer de projet et de vision à long terme.

Ce constat, pour intéressant qu’il soit, n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage ce sont les pistes de réflexions et propositions concrètes du Conseil permanent.

Comment redéfinir ce qu’est être citoyen, et comment le politique peut-il assumer le paradoxe de promouvoir une manière d’être ensemble qui fasse sens, tout en respectant la diversité de notre société qui fait sa richesse ?

La thèse centrale du Conseil permanent est contenue dans cette affirmation : le christianisme peut apporter son expérience doublement millénaire et sans cesse renouvelée d’accueil et d’intégration de populations et de cultures différentes dans la naissance d’une identité qui ne nie pas les autres appartenances2. Cette affirmation, tirée de l’histoire de l’Eglise, a du poids.

Nous ajouterions volontiers pour notre part un deuxième argument de nature cette fois théologique. La foi chrétienne se nourrit de paradoxes. Ils sont souvent l’indice et la porte d’entrée des plus grands mystères : l’affirmation de la Trinité une et trine, le Christ vrai Dieu et vrai homme, la croix victorieuse, le royaume déjà là mais pas encore… Nous chrétiens sommes habitués à tenir ensemble les contraires. Pour nous, une société du vivre ensemble fraternel d’individualités les plus diverses ne serait-elle pas tout simplement la préfiguration terrestre du royaume ?

A partir de cette thèse les évêques publient un petit vade-mecum à l’usage du politique mais aussi du citoyen à la veille d’échéances électorales. Nous nous contenterons d’extraire du document trois propositions :

- la question du sens a peu à peu déserté le débat politique. Le politique s’est fait gestionnaire de droits, plus que promoteur de projets collectifs. Or le seul idéal de consommation ne peut satisfaire les aspirations les plus profondes de l’être humain. On ne fait pas vivre ensemble des individus avec de seuls discours gestionnaires3. L’Europe est un bon exemple de l’insuffisance du discours gestionnaire. Elle s’est construite grâce à une poignée d’hommes réalistes et visionnaires à la fois. Aujourd’hui elle se perd dans un fonctionnarisme qui n’intéresse plus personne. L’Europe doit savoir tenir ce paradoxe de redonner un souffle politique à son projet mais dans le respect des identités nationales et régionales. C’est cette notion de subsidiarité que promeut la doctrine sociale de l’Eglise.

- la crise du politique est avant tout une crise de la parole, une parole entachée par le mensonge, la corruption, les promesses non tenues. Les chrétiens, comme tout autre citoyen, ont des convictions. La parole des chrétiens est nécessaire dans le débat. Mais comment l’intégrer dans le débat ? Comment débattre utilement dans une société qui a de moins en moins de vision anthropologique commune, comme les évêques l’ont montré avec les exemples du « mariage pour tous » et les questions éthiques du début et de la fin de vie. Face à ce défaut de vision anthropologique commune, le politique va se cantonner à gérer des équilibres provisoires entre des intérêts contradictoires. Y-a-t-il encore une place pour la parole souvent prophétique de la foi chrétienne ? Le compromis politique, qu’on justifie en lui donnant qualificatif d’intérêt général, est perçu comme le moindre mal, mais il n’est en réalité qu’une solution insatisfaisante. Le vrai compromis est plus qu’un entre deux4. Un vrai dialogue consiste à construire ensemble quelque chose d’autre, où personne ne se renie, mais qui conduit à quelque chose qui dépasse les positions de départ, une recherche ensemble d’une vérité qui n’est autre que l’application immédiate d’une vision du bien commun. Et le Conseil Permanent de conclure sur un nouveau paradoxe : nous catholiques devons savoir porter une parole avec le courage de l’Esprit même et surtout si [cette parole] est contraire aux discours ambiants, […] mais notre engagement doit toujours être soutenu par un véritable respect pour ceux qui ne pensent pas de la même manière.

- Evidemment l’engagement politique des chrétiens ne peut faire abstraction de la laïcité de la société française. Le fait religieux peine à trouver sa place dans la société. Non seulement certains ont du mal à considérer que le religieux apporte quelque chose de positif à la vie en société mais ils vont parfois jusqu’à voir dans celui-ci une force réactionnaire ennemie de la République et de la liberté humaine. Alors la tentation est forte de d’exclure le religieux de la sphère publique et de le cantonner au seul domaine privé, aux Eglises où il devrait rester caché. Cette conception affirme le Conseil permanent ne respecte pas les personnes, elle engendre des frustrations qui confortent le communautarisme, font obstacle au rassemblement si nécessaire, enfin privent la vie publique d’un apport précieux de propositions et d’engagements. Telle n’est pas la conception ouverte que prônent les évêques : une laïcité de l’Etat (et non de la société) qui soit un cadre juridique qui doit assurer le vivre ensemble de tous, croyants de toutes religions et non croyants5.

        L’opuscule du conseil Permanent se termine sur cette invitation : à l’occasion des prochaines échéances électorales, le Chrétien est invité à prendre la parole, à échanger avec d’autres, y compris non-chrétiens, sur les enjeux de notre vie en société6. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » 1Co 16 . Et, puisque pour l’Eglise la véritable perspective est toujours celle du royaume, d’ajouter : les vraies solutions aux problèmes profond de notre époque ne viendront pas d’abord de l’économie te de la finance, si importantes soient-elles, ni des postures et gesticulations de quelques-uns. Elles viendront de cette écoute personnelle et collective des besoins profonds de l’homme. Et de l’engagement de tous7.

 

Pour ceux qui veulent aller plus loin, nous recommandons le cours du CETAD Ethique et Société qui aborde tous les aspects de la doctrine sociale (bien commun, destination universelle des biens de la création, solidarité, …) en les confrontant à des situations tirées de l’actualité la plus récente (telles que rapports sociaux, mondialisation de l’économie, migrations, guerre et paix, …).

 

Alain-Edouard Robert, pour le CETAD

 

1 Conseil Permanent de la conférence des Evêques de France, Dans un monde qui change retrouver le sens du politique, Bayard, Cerf, Mame, 2016, p. 19.

2 Ibid, p.39.

3 Ibid, p.50

4 Ibid, p. 58.

5 Ibid, p. 63.

6 Ibid, p. 70.

 

7 Ibid, p. 71.

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