En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Le sang versé

Publié le Jeudi 26 janvier 2017

Le sang versé

 

 

Les chrétiens vivent d'un paradoxe : le Dieu unique auquel ils croient est le Dieu de l'amour, qui refuse tout ce qui abîme l'être humain et la vie. En même temps, ils célèbrent chaque dimanche le don de Dieu offert à tous, en partageant le pain et le vin ; ce partage réalise la présence au milieu d'eux de Jésus le Christ qui a offert sa vie et versé son sang pour le pardon de toutes les fautes. Toute la foi chrétienne est fondée sur la mystère de Pâques, ce passage du Christ par la violence et la mort -le sang versé- , vers la vie rendue en abondance par Dieu, pour que la violence des hommes soit convertie en paix.

Essayons de nous en expliquer.

.

Posons la question en termes bibliques. Dans la Bible, le « sang » représente « la vie », verser le sang, c'est prendre la vie, qui n'appartient qu'à Dieu.

Les premiers chapitres de la Bible, qui sont des textes fondateurs, mettent en place d'abord la bénédiction de Dieu qui veut que les hommes dominent la terre dans la douceur (par la parole et une nourriture végétale), puis le constat de la violence qui déferle sur l'humanité. La première fratrie est aussi le lieu du meurtre : Caïn tue son frère et verse le sang. Et «  la voix du sang de son frère crie du sol vers Dieu » (Gn 3, 10). Le constat des auteurs bibliques est terrible : le cycle de la vengeance est une spirale infernale qui ronge l'humanité toujours davantage plongée dans la violence et la destruction ; c'est le récit du déluge qui montre que le monde pourrait bien disparaître submergé par les flots c'est-à-dire par la méchanceté humaine.

Or, pour arracher l'homme à cette violence, Dieu donne une loi accompagnée d'un geste rituel : la loi interdit le meurtre d'un autre homme : « à chacun je demanderai compte de la vie de son frère » (Gn 9, 5), en écho au Décalogue : « tu ne tueras pas » (Exode 20, 13) ; la loi cependant comporte une concession à la violence humaine, elle autorise le meurtre de l'animal, qui sert de nourriture ; mais une restriction alimentaire est fixée, elle sert de rite qui rappelle au quotidien l'obéissance à la loi : « vous ne mangerez pas la chair avec sa vie, c'est-à-dire son sang » (Gn 9, 4).

L'interdiction du meurtre fait partie du Décalogue, des dix paroles de Dieu permettant aux hommes de vivre ensemble. La loi interrompt le cycle de la vengeance et elle l'interdit.


Or la Bible, lorsqu'elle fait mémoire des grands moments de l'histoire d'Israël montre que, comme pour toutes les nations sur la terre, elle est une histoire de violence, de fureur et de meurtres.

Les prophètes ne cessent de se dresser contre la violence aveugle des rois et de leurs peuples ; ils dénoncent une hypocrisie religieuse constante qui consiste à se croire protégés, accompagnés par Dieu, sous prétexte qu'on offre des sacrifices sanglants, et qu'on s'adonne ensuite à la violence des conflits individuels ou collectifs :

« Je n'en peux plus de vos forfaits et de vos fêtes, je les déteste, je ne les supporte plus : quand vous tendez les mains, je me voile les yeux ; vous avez beau multiplier les prières, je n'écoute pas, vos mains sont pleines de sang ! Lavez-vous, purifiez-vous, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez la justice, repoussez l'oppresseur, faites droit à l'opprimé, prenez la défense de l'orphelin et de la veuve » (Isaïe 1, 14-17).


Vers le 5ème siècle, apparaît une figure prophétique à la fois étrange et lumineuse, celle du « prophète serviteur » ; envoyé par Dieu, rejeté par les hommes, il ne répond pas à leur violence : « j'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, je n'ai pas caché mon visage face aux outrages et aux crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon aide ; j'ai rendu mon visage dur comme pierre, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 6-7). Puis le prophète serviteur meurt sans rien dire « comme un agneau mené à l'abattoir, il n'ouvre pas la bouche » (Is 23, 7). Mais ceux qui le regardent comprennent leur erreur et leur faute : lui est mort, et Dieu l'a pris avec lui ; mais eux sont coupables, et à cause de lui Dieu leur offre son pardon. Déjà s'annonce ainsi la figure de celui qui prendra en charge l'humanité pour la réconcilier avec Dieu.

Dans le Nouveau Testament, Jésus, l'Envoyé de Dieu, affronte la violence des hommes qui très vite se dressent contre un message et son attitude qui privilégie les pauvres, les petits, les exclus, les impurs. Les autorités religieuses de Jérusalem le livrent au pouvoir romain comme subversif. Et Jésus va verser son sang, mourir d'un supplice atroce et ignoble, la croix. Ce « sang » qu'il va verser, il le sait, il dit lui-même que c'est sa « propre vie » qu'il donne aux hommes violents.

Il s'en remet totalement à Dieu et laisse la haine et la cruauté se déchaîner contre lui. Mais contre lui seul : il refuse de s'armer et de résister, il laisse ses disciples s'enfuir, leur évitant d'être violentés à leur tour. Lui seul, il donne sa vie, pour manifester que la violence n'a pas le dernier mot.

Elle vient se briser sur la force de son consentement, de sa capacité à laisser Dieu pardonner.

 

La foi chrétienne reconnaît dans sa mort la présence de Dieu qui vient affronter et subir avec les hommes la violence qui se déchaîne, pour lui enlever son pouvoir de haine et de contagion. Dieu relève Jésus de la mort (il le « ressuscite »), manifestant ainsi sa victoire sur toutes les forces du mal, et il et offre à tous les hommes une possibilité de vie nouvelle où la violence est vaincue.

Jésus avant de mourir avait réuni ses amis et leur avait laissé ce testament, qui est une nouvelle forme d'alliance : sa vie donnée (son sang versé, son corps martyrisé) devient une voie nouvelle offerte à tous, les arrachant à la violence, désormais pardonnée et convertie en amour.

En traversant la mort, dont Dieu le relève pour la vie, Jésus entraîne l'humanité à sa suite, et lui donne son propre Esprit.

Jésus reprend alors les gestes de l'alliance de Dieu avec son peuple, dans lesquels le sang versé (d'un animal) servait à manifester que la vie était remise à Dieu, et que lui seul en était maître.

Dieu alors accordait son pardon et renouvelait son alliance avec son peuple.
Jésus en partageant le pain et la coupe montre à ses amis que désormais l'alliance avec Dieu, son Père est définitivement scellée par sa propre vie parfaitement accordée au projet de bénédiction et de pardon de Dieu. Il permet ainsi à tous les êtres humains d'être réaccordés, réajustés à ce projet et de devenir fils de Dieu à sa suite.

 

En mémoire de lui, les chrétiens depuis sa mort et sa résurrection, célèbrent le mystère de ce passage (sa « Pâque ») à travers la mort vers une vie nouvelle ; ils s'y rendent présents dans les gestes et les paroles de la célébration du dernier repas, l'Eucharistie présidée par le Seigneur lui-même qui leur donne son Esprit. L'Esprit de Jésus qu'il a laissé aux siens renouvelle ainsi, d'Eucharistie en Eucharistie, la victoire de la vie livrée sur la violence et sur la mort, par le pain-corps rompu et la coupe de l'alliance en son sang partagée.


Pour approfondir la question, un parcours CETAD, Cours en ligne, s'ouvre le 28 février : il est constitué d'un cours sur l'Eucharistie, et d'un cours sur la Réconciliation ; inscrivez-vous aux cours en ligne dans le département Théologie.

 

 

Pour le CETAD , R. Dupont-Roc

Posez-nous votre question

Articles récents

Opposons à la haine l’exigence de concorde
Opposons à la haine l’exigence de concorde
Publié le Mercredi 18 octobre 2023
Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, 18 – 25 janvier 2023
Bonne Année
Bonne Année
Publié le Dimanche 1er janvier 2023
L'Ukraine
L'Ukraine
Publié le Mardi 8 mars 2022
Tous les articles
cours en ligne

Pour aller plus loin, participez à nos cours en ligne

Voir les cours

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2026 - Tous droits réservés