En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 25 mai 2006
Beaucoup a été dit sur la peinture religieuse d’Ingres (1780-1867). Il n’a jamais reçu le qualitatif de « chrétien ».
Ses élèves et ses disciples se sont par contre glorieusement illustrés dans ce genre de toiles à sujet chrétien, notamment dans la personne d’Hippolyte Flandrin. Pour l’église de la Madeleine il refuse de participer et c’est son élève Jules Ziegler qui est appelé .En fait on craignait la personnalité trop affirmée du génie d’Ingres. Etait-il capable de s’incliner devant les exigences considérées comme primordiales du sujet sacré. La Vierge à l’hostie, dite la Vierge Bonnat (1866), ne serait-elle pas une femme du monde, une femme de l’univers secret d’Ingres ; La Vierge à l’hostie et la Venus anadyomène ne seraient-elles pas la même femme ?
Naturellement il ne faut pas radicaliser les situations, mais considérer l’intelligence d’Ingres d’un sujet donné et son exceptionnelle transcription plastique qui rejoindrait des illuminations intérieures. Ingres était au XIXe siècle celui qui pouvait au mieux réunir les notions de beau, de bien, passer d’une révélation à une autre, du monde païen au monde chrétien en rendant crédible le salut par la beauté. Le rapprochement avec Raphaël est intéressant. Raphaël vérifie charnellement transpose picturalement la beauté d’une femme. ( Vierge à la chaise) .
Pour Ingres il n’y a pas de solution de continuité entre le réel et l’idéal, la vie quotidienne et la vie spirituelle. Le catholicisme , religion de l’incarnation, appelle des vérifications charnelles. Ingres a épousé Madeleine Chapelle, une modiste de Guéret, ce n’est pas une tentatrice, mais elle fait vérifier la nécessité du passage par le charnel et par le vrai pour accéder à l’idéal, au beau ou plus exactement à la compréhension ingresque, au bon.
Ingres rêve de peindre la paix des âmes, la sérénité intime, celles décrite dans L’age d’or inspiré d’Hésiode et d’Ovide, des femmes présentées dans leurs atours et situation sociale, comme la sublime madone du Vœu de Louis XIII, où on a vu »un étrange amalgame de prétendue innocence et de volupté intense qui sera vulgarisé au cours du 19e s » (Robert Rosenblum). De même la Vierge à l’hostie, avec ses joues roses et lèvres fraîches aurait une attitude sensuelle et impérieuse et ne serait pas déplacée dans un « harem » de Ingres.
C’est Ingres, le païen, qui a su aller le plus loin dans la traduction du mystère d’une jeune femme, vierge, mère du Dieu incarné, immaculée dès sa conception, montée au ciel avec son corps à jamais glorieux, et cela avec une dignité, une réserve confondantes.
Ingres dans sa peinture religieuse n’a pas traité les mystères douloureux de la vie du Christ et de sa Mère mais la révélation glorieuse de la foi. Le rôle pictural de la Vierge est de témoigner de l’union du beau et du bien dans la méditation du mystère auquel elle a participé. Ingres ne peint pas des scènes de la vie de la Vierge.. Elle réunit en quelque sort sa vie humaine et céleste. Il écrit lui-même : « La mère du Fils de Dieu déjà montée au ciel et descendue en apparition aux fidèles adore, les mains jointes devant un autel, la divinité de son fils dans l’hostie sacrée et dans lez calice, symboles de la rédemption du genre humain ».
(Le musée du Louvre a consacré une importante exposition à Ingres au printemps 2006)