En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 28 août 2006
Les jardins du Champ de mars à Paris, il y a cinquante ans. Tandis qu’une bande d’enfants court à cœur joie, les mères discutent « Comme initier les enfants à l’Evangile ? » Trop de petits livres de catéchèse leur paraissent mièvres, parlant encore du « petit Jésus ». Très peu d’images savent traduire la joie du jardin de Pâques au petit matin. Sans parler des lectures moralisantes ou culpabilisantes des paraboles. Parmi ces jeunes mères, Marie Balmary, psychanalyste, a choisi de mieux découvrir elle-même une interprétation de la Bible où puissent se retrouver la psychanalyste et la croyante. Elle entreprend de l’étude du grec et de l’hébreu, suit les cours de Paul Beauchamp. Plus important peut-être, elle organise des groupes de lecture, à saint Merry avec Xavier de Chalendar, au C3B de Beaugrenelle où l’accueille Marie-Paule Levassort. Ce ne sont pas des groupes de spécialistes. L’échange est créateur entre des participants très divers : biblistes, sociologues, psychanalystes ou chrétiens de base. Après les lectures, les livres. D’abord les sources psychanalystes : L’homme aux statues. Freud ou la faute cachée du père (1979). Vient ensuite la relecture de la Bible Sacrifice interdit (1986) ; La divine Origine. Dieu n’a pas créé l’homme (1993) ; Abel ou la traversée de l’Eden (1999. Tous ces livres chez Grasset. Maintenant ce sont des livres dont s’emparent de nombreux groupes de recherche chrétienne qui assurent en tirer grand profit. Des spécialistes sourcilleux prétendent avec susceptibilité et suffisance que chez Marie Balmary la lecture psychanalyste ou l’analyse exégétique ne sont pas indiscutables Mais beaucoup de lecteurs fidèles attendent un prochain livre.
Et le voici, tout à fait différent, très personnel et très accessible à tous : le Moine et la psychanalyse . Marie Balmary choisit la voie de la parabole, s’inspirant entre autres du dialogue réel qu’elle a eu avec un moine bénédictin, Marc François, frère de Jacques Lacan. Il s’appellera Simon et Marie Balmary devient Ruth une psychanalyste juive et agnostique (qu’elle n’est pas). Ce qui importe c’est le dialogue, très habilement composé, permet de faire naître une parole qui ne pouvait surgir solitaire. Ruth a du, pour des raisons de santé, partir en total repos chez des amis journalistes, Dan et Noémie, en moyenne montagne. Surgit Simon le moine voisin. Ruth et Simon se sont connus comme étudiants en médecine, il y a plus de trente ans. Le dialogue est accepté par Ruth qui peut être le souhaite « inconsciemment ». Simon sait ce qu’est le chemin psychanalyste mais ne le dira qu’au terme du parcours et du livre. Ils se disent « vous » malgré leur ancien tutoiement étudiant. « Comment trouver des histoires communes à un moine et à une analyste ? » (p .42). Dès la deuxième rencontre apparaît le mot « sauver » couplé avec « guérir ». Puis « Vous voulez dire que l’accès au verbe « être » relèverait du verbe « sauver » (p. 55). Détour par Mozart : La « Dove Sono » des Noces reprend le début de l’Agnus Dei de la Messe du couronnement. Vient ensuite Rimbaud « je ne suis pas prisonnier de ma raison. J’ai dit : Dieu » A coup « d’exagérations » dans les formulations réciproques de dialogue progresse malgré la fièvre qui garde Ruth au lit. Occasion pour Marie Balamry de changer de registre d’écriture. Un échange de lettres va renouveler celui des premières conversations. Ainsi Simon va proposer une première relecture de Genèse 22 (Abraham et le sacrifice d’Isaac), ou transmettre une photocopie de la lettre de la sœur de Rimbaud, évoquant la conversion de son frère sur son lit d’hôpital, évoquer l’amitié de Montaigne avec La Béotie. Nouveau changement de rythme du dialogue avec l’arrivée de Dan qui veut parler, avec Ruth, de Noémie et qui propose une rencontre avec Simon qui aura lieu sur la terrasse du chalet. Cela nous donne trente pages remarquables pour interpréter l’obéissance d’Abraham laissant monter son fils pour ce qui est une « élévation » avant de traduire « sacrifice » et que la traduction juive appelle « ligature ». Marie Balmary reprend à frais nouveaux ce qu’elle avait écrit dans le Sacrifice interdit avec des formules très heureuses comme le « vaccin inoculé » à Abraham pour l’immuniser de toute tentation de meurtre (p. 169), la nécessité de « récits-médecins » (p. 176). Dans un dernier chapitre Marie Balmary croit nécessaire de faire débattre Ruth et Simon de la psychanalyse avant de s’inviter à s’écrire réciproquement. C’est ce qui nous donne la présentation de cet excellent « dialogue » qui peut devenir pour chaque lecteur une occasion de catéchèse de la foi, biblique et théologique.
P.J.