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Le théologien, Benoît XVI

Publié le Vendredi 22 septembre 2006



Le théologien, Benoît XVI


A propos du discours devant les représentants de la science à l’université Regensburg à Ratisbonne



Tout le monde savait que sous le pape Benoît XI, il y avait le théologien Joseph Ratzinger, mais en dehors des cercles restreints de théologiens qui connaissent son œuvre, peu d’entre eux imaginaient l’impact médiatique d’une réflexion théologique donnée par l’évêque de Rome. Pour beaucoup encore, ce qui est religieux est irrationnel, voire, de l’ordre de l’obscurantisme. Et voilà que le plus haut dignitaire de l’Église rappelle que la foi est raisonnable ! S’il est de bon ton aujourd’hui de faire de la « théologie », faut’il encore savoir de quoi l’on parle quant il s’agit de la théologie chrétienne, sans pour autant froisser d’autres théologies.

Reprenons. Il fut un temps où l’on considérait que la philosophie était servante de la théologie au point que certains théologiens considéraient que toute philosophie devait aboutir à la théologie. Cette vue de l’usage de la raison qui remonte au Moyen Age n’a plus cours aujourd’hui. L’autonomie de la raison est clairement affirmée, ce qui ne veut pas dire que la foi chrétienne soit exempte de raison. La réflexion se porte sur le fondement de la raison. Le pape rappelle que notre concept de raison est confirmé par les succès de la technologie. Si l’autonomie de la raison est toujours affirmée, comment entre-elle dans la foi au point d’être « congénitale » à la foi ?

La rencontre intime qui s’est réalisée entre la foi biblique et les interrogations de la philosophie grecque n’est pas seulement un événement qui concerne l’histoire des religions, mais un événement décisif, qui nous concerne aussi aujourd’hui. Quand on considère cette rencontre, on ne s’étonne pas que le christianisme, bien qu’il soit né et ait connu un développement important en Orient, ait finalement trouvé son véritable impact grec en Europe. Cette rencontre était déjà en préparation puisque l’influence grecque se fait sentir dans les écrits bibliques des derniers siècles avant Jésus Christ. L’incarnation, Dieu fait homme, est l’irruption après préparation de la raison de Dieu dans l’histoire de tous les hommes et pas uniquement pour les juifs. Les évangiles et les épîtres de Paul, sont écrits en grec, langue dont la notoriété, encore aujourd’hui, est due au développement de la philosophie. Le Dieu fait homme, prend tout l’homme, y compris ses interrogations sur lui-même et sur le sens de l’univers. L’intuition spirituelle et géniale de l’apôtre Jean est d’avoir usé du terme de Logos. Dieu agit avec Logos. « Logos » désigne à la fois la raison et la parole, autrement dit, une raison qui est créatrice et peut se donner en participation, mais précisément comme raison. Jean nous a ainsi fait don de la parole ultime du concept biblique de Dieu. L’auto-communication de Dieu est parfaite dans le Christ et comme verbe émis dans le monde, il éclaire et donne la raison du monde.

Notre monde a aujourd’hui tellement affirmé l’autonomie de la raison humaine qu’il a oublié et pour certain perdu, la raison de Dieu pour le monde. Et pourtant nous rappelle le pape entre notre raison crée et la raison de Dieu, même si la dissimilitude est plus infiniment plus grande que la similitude, il n’en reste pas moins qu’il existe une analogie entre les deux.
Un premier point devrait aller de soi pour le chrétien. Le christianisme repose sur la Révélation par lui même et en personne de Dieu comme trine et un. La Trinité déploie, à partir du Père comme le don absolu, le Verbe comme Logos, c'est à dire comme la raison première et ultime de toutes choses qui furent en Lui créées, selon la communion de l ‘Esprit Saint, à savoir de la charité qu'il permet, selon une unité telle qu'elle renforce la singularité des individus sanctifiés en Dieu. Par conséquent, le Verbe par lequel tout est reçu, la vie dans son développement et son unité, tient compte de la raison. Cette raison ne coïncide évidemment pas (du moins pas essentiellement) avec la raison spéculative de la métaphysique, ni avec la raison calculatrice des sciences. Elle dévoile la rationalité plus puissante, mais plus secrète et paradoxale, de la charité. Il n'empêche que la raison ne contredit jamais la raison. Ni la vérité, la vérité. Ceci veut dire que notre raison est une bien pâle figure, souvent attristante et limitée, face à la raison de Dieu. Si nous ne reconnaissons pas, l’être de Dieu comme Verbe, Logos, agissant pour le salut du monde, notre raison humaine se trouve sans boussole. Benoît XVI reprend alors à son compte la réponse de l’Empereur Manuel II : « Ne pas agir selon la raison (selon le Logos) s’oppose à l’être de Dieu ». Mais fallait’il reprendre cette argumentation dans le contexte actuel ?

A propos de la transcendance de Dieu. Nous devons à l’Islam le rappel de l’absolue transcendance de Dieu. Mais cette transcendance est une affirmation sans rapport aux désirs de l’homme. Les préceptes donnés dans le Coran sont le seul rapport entre Allah et l’homme. La soumission devient la règle. Sous le même mot de « transcendance » se cache bien des notions. Nous dirons qu’en Islam, la transcendance d’Allah est une transcendance d’éloignement absolu et qu’en christianisme, nous sommes dans une transcendance du don. La transcendance d’éloignement d’Allah délie l’homme de son créateur. La condition de possibilité de la connaissance de Dieu en Christianisme est Jésus-Christ, comme don révélateur de ce qu’il est. Le Christ est fondamentalement le médiateur pour reconnaître la volonté amoureuse de Dieu pour sauver son peuple. La raison de Dieu est l’amour qu’il nous porte individuellement et en peuple, car personne n’est sauvé seul. En christianisme, la transcendance de Dieu se dévoile dans l’histoire, en Islam, Allah est le tout autre au-delà de toute histoire. De même, le terme de raison qu’on peut appliquer à l’être de Dieu, ne l’est pas quand il s’agit d’Allah, magnifié d’abord par sa puissance et son incompréhensibilité.

La conclusion de Benoît XVI porte à la fois une inquiétude et un espoir. Il s’agit du dialogue entre les cultures et les religions. Ainsi seulement nous devenons capables d’un authentique dialogue entre cultures et religions, dont nous avons impérativement besoin. Dans le monde occidental domine largement l’opinion que seule raison positiviste et les formes de la philosophie qui en dépendent sont universelles (…) Une raison qui est sourde au divin et repousse les religions dans le domaine de la sous-culture est inapte au dialogue des cultures.
La menace est réelle et la dénoncer est déjà un appel à une correction d’abord culturelle et à une conversion de foi.

« Si quelqu’un s’imagine connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faudrait connaître. Mais si quelqu’un aime Dieu, il est connu de lui » (1 Co, 8, 2-3)


Le pape n’a pas stigmatisé l’Islam, mais mis en garde contre les fanatismes qui sont hors raison quelque soit leur origine. Si la foi éclaire la raison, la raison régule la foi.

Pour le Cetad F. Génin

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