En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Vendredi 20 octobre 2006
Voici la suite de l’article sur Xavier Thévenot :
« A le lire, on se sent devenir plus intelligent » remarque Xavier Lacroix, Xavier Thévenot fut un éveilleur. Véronique Margron parle d’« un maître, un ami, un témoin, un veilleur, un passeur d’humanité, ami de Dieu et ami des hommes» et Marie- Jo Thiel d’un « Sentinelle du sens».
Son herméneutique est celle de la sagesse de vivre, une sagesse qui se rappelle la place de l’altérité dans la recherche du juste. La Vérité n’est jamais toute faite, elle est l’aboutissement d’une recherche, inséparable du rapport à l’humain. Les hommes sont en manque de vérité et le souci du moraliste est de favoriser pour chacun une lecture de son existence qui lui permette de s’approprier sa propre vie, surtout celle qu’il n’a pas choisi de vivre.
V. Margron en parle comme d’un « homme de Dieu » qui, à l’image de Jonathan dans l’Ancien Testament (1 Sa 14, 13) est celui qui refuse un monde résigné et qui, accompagné par Dieu, peut traverser, aller là où « la terre exulte.»
Son enseignement s’articule autour de trois enracinements, l’éducation préventive salésienne à l’exemple de Don Bosco, la spiritualité de saint François de Sales et l’expérience de la souffrance. Marie-Jo Thiel nous rappelle que sa pensée est aussi le reflet de sa vie. Alors que jusque là il parlait « de » la souffrance comme sujet de réflexion, à partir des années 1986/87, il se situe à partir d’elle comme d’une compagne de chaque instant. C’est un « je » qui lutte contre la maladie, à la recherche de l’espérance.
Un tournant qui se traduit par un nouveau vocabulaire. Si le théologien ne revient pas sur la définition de la morale, mais il lui fait subir un déplacement. L’enjeu de combat moral est la « quête du sens », la quête du bonheur trouvé en répondant à la question éthique : « inventer le sens de la vie.» L’éthique devient « une quête de sens allant contre de l’absurde ». L’enjeu du combat moral est la question du sens « ce à quoi le genre humain s’oblige quand il veut donner sens, faire sens.»
Cette recherche est favorisée par la quête du Dieu de Jésus Christ : « La contemplation de Jésus, spécialement de Jésus sur la croix, peut être (pour la personne souffrante) d’un grand secours pour tracer la direction à tenter de conserver dans ces moments régressifs. Jésus apparaît, en effet, comme celui qui ne cesse de se décentrer de lui-même pour s’ouvrir à l’autre. Même quand il est entrain de vivre la souffrance extrême du crucifiement, il se préoccupe, comme on l’a vu, de sa mère, du disciple bien- aimé, de son compagnon de supplice, de ceux qui l’ont rejeté. Voilà ce qui humanise dans la croix de Jésus ! Voilà ce qui est rédempteur ! Non pas les souffrances en elles-mêmes, mais ce mouvement vers l’autre qui est le mouvement de l’amour toujours en quête du pour-autrui. »
· Disciple de Don Bosco, Xavier Thévenot pédagogue et accompagnateur spirituel
Dominique Fily, Job Inisian, Jean-Marie Petitclerc, Suzanne Blois, ainsi que d’autres frères et sœurs salésiens de Don Bosco, le professeur Guy Avanzini mettent en valeur un aspect que les universitaires connaissent moins, Xavier Thévenot comme pédagogue et éducateur. Ils nous renvoient à quelques ouvrages sur ce sujet. Citons en particulier :
- Compter sur Dieu, Chapitre X, p. 211-254
- Eduquer à la suite de Don Bosco, collectif, DDB, Paris1996
- La pédagogie de Don Bosco, Tomes I et II, Ed. Don Bosco, 2004.
Les trois piliers de cette fidélité à la pédagogie de Don Bosco sont la raison, l’affection et la religion. On ne peut écarter l’un sans que tout s’écroule.
L’éducateur a le soucis, non seulement d’aimer, mais que le sujet se sente aimé. Il cherche à éduquer par la joie à la joie, par la confiance à la confiance. Il sait l’affection toujours perfectible ; l’éthique rejoint la pédagogie dans cette quête de grandir vers plus d’humanité. Une pédagogie de la confiance et de l’alliance qui conjugue amour et loi, appelée à se vivre dans la fidélité.
Jean-Marie Petitclerc, éducateur spécialisé, applique les caractéristiques de Don Bosco à Xavier Thévenot qu’il rencontra d’abord comme maître des novices et à qui il doit d’avoir persévéré dans sa vocation : - profondeur de l’intuition ; - enracinement dans l’expérience ;
- simplicité de la théorisation ; - capacité à mobiliser des disciples.
Nous entendrons aussi avec émotion plusieurs témoignages qui parlent de Xavier Thévenot comme accompagnateur. Des souffrance vécues ou accompagnées, sur un chemin qu’il a aidé à parcourir, dans une relation personnelle ou à travers ses ouvrages. Des écrits « coulant d’une source lumineuse et universelle, qui touchent au niveau de la foi » dira Françoise. Blaise-Kopp, psychologue.
Emmanuelle Pravieux retient cet appel qu’elle a pu entendre au cœur de sa propre souffrance pour l’humaniser la souffrance, non à la diviniser. Elle nous invite à relire « le travail symbolique de Marie »
Sentinelle du sens jusqu’au bout de sa vie, à la suite du Christ. Xavier Thévenot rappelait lui-même que la dignité de chaque homme se révèle au cœur même des extrémités de la souffrance et de l’absurdité qui pourraient conduire raisonnablement à tout abandonner : « Foi, espérance, amour, vécus dans la liberté de l’Esprit, et ce jusque dans la nuit des sens et la perte du sens de ma vie, telles sont les attitudes qui doivent structurer tout respect de la dignité d’autrui, surtout quand l’aiguillon de la mort se fait ressentir. »
Xavier Thévenot, disciple de Jésus Christ qui a vécu jusqu’au bout l’expérience pascale, une expérience vécue dans son cœur et dans son corps.
C’est de cette ouverture envers l’autre, à travers la douleur, dont témoignaient tous ceux qui l’ont rencontré les derniers temps.
Jusqu'au dernier jour, ce prêtre de Jésus Christ a unifié sa vie autours du sacrifice du Christ mort et ressuscité, s’efforçant encore quelques heures avant sa mort de prononcer les paroles de la consécration comme le rappela avec émotion le père Lunven avec qui il concélébra sa dernière messe.
Laissons les derniers mots à cet ami tellement présent pendant ces deux jours, mots illustrés par sa vie, qui nous rappellent qu’être chrétien, c’est toujours être traversé par « Une espérance sans dénie du tragique » :
« Etre témoins de la résurrection, célébrer l’eucharistie, c’est donc être conduit à assumer une joyeuse tension. Quand, habité par le bonheur de vivre, je risque de bâtir mon histoire dans une espérance « folle » qui me ferait oublier le malheur des hommes, le Christ sollicite ma responsabilité : « rappelle-toi mon corps torturé à cause du péché du monde, et que ta foi en moi ne te détourne pas du combat de l’amour et du pardon en faveur de tes frères. » Quand, à l’inverse, fasciné par l’excès du mal dans le monde, je me laisse aller au désespoir, le Christ réveille ma foi : « rappelle-toi le matin de Pâques, et fie-toi en ma promesse d’une terre nouvelle et de cieux nouveaux. »
Je crois qu’il s’agit là d’une « joyeuse tension.» Cela me rappelle à bon escient que la joie évangélique n’est pas systématiquement du coté de la détente psychique. »
Marie-France BERGERAULT
Deux derniers ouvrages parus sont à signaler :
- Une pensée pour des temps nouveaux, Ed. Don Bosco, Paris 2005
- Ethique pour un monde nouveau, (Ouvrage qui contient Repères éthiques, Les péchés, Souffrance, bonheur, éthique,) Ed. Salvator, 2005
Si vous désirez réagir à cet article, n'hésitez pas à le faire par l'intermédiaire de notre rubrique "posez vos questions".
Une nouvelle unité d’enseignement de Morale va ouvrir au mois de novembre. Nous vous y attendons !