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Exposition Maurice Denis au musée d'Orasy

Publié le Jeudi 14 décembre 2006


On n’a jamais fini de découvrir Maurice Denis. On croit connaître.. et pourtant ! que de nouveautés présentées au Musée d’Orsay.

Jeune il lance sa fameuse phrase : Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.". Cette phrase tendait à orienter la peinture vers l’abstraction, et la définition qu’il préconisait devait s’imposer à la pratique des ateliers contemporains.

Et pourtant qu’en est-il de sa peinture personnelle ? Au début de sa carrière il produit des œuvres fortes, stridentes qui anticipent le fauvisme, comme le Christ vert (1890, ou les vendanges mystiques (vers 1890) qui veut illustrer le cantique des cantiques : « Mon chéri pour moi est une grappe de henné à la vigne de la Font-au-Biquet ». (Ct 7,14). Le Christ crucifié s’élève tel un tuteur autour duquel s’enroule la vigne, la grappe la plus haute montant jusqu’à son flanc percé. Son auréole irradie des robes des vendangeuses de multiples taches de lumière.

A vingt ans, il subit l'influence de Puvis de Chavannes, découvre les estampes japonaises et Gauguin. Il forme avec Bonnard, Sérusier, Vuillard le groupe des Nabis.

Les Nabis veulent abolir la frontière entre tableau de chevalet et décoration. Dès le début des années 1890, selon le témoignage de Verkade, ils réclament "des murs, des murs à décorer". Maurice Denis peint de grands décors, envols de jeunes filles dans de grands drapés de robes blanches, portant des brassées ou des paniers de fleurs. Entre les deux guerres, il sera un décorateur recherché et productif. Il travaillera sur près de 80 chantiers profanes et religieux dans sa carrière, s'intéressant à tous les types de décor: peinture murale, vitrail, mosaïque, sculpture. Un peu partout, il réalise des décorations, du Théâtre des Champs-Elysées au Sénat ou Chaillot, en passant par tant d'églises ou d'hôtels particuliers. Une des révélations de l’exposition, la plus surprenante, puisqu'elle n'était pas venue en France depuis sa réalisation en 1909, est l'ensemble des panneaux de l'Histoire de Psyché. Habituellement conservé au Musée de l'Ermitage de Saint-Petersbourg, elle avait été commandée , avec quatre bronzes de Maillol, par le collectionneur Ivan Morosov pour son hôtel moscovite.

A la fin du siècle, l’art de Maurice Denis s’adoucit, les couleurs deviennent plus suaves. Les lignes sont courbes, sinueuses. Dès son adolescence Maurice Denis avait résolu d’être un peintre chrétien, « il faut que je célèbre tous les miracles du christianisme, je sens qu’il le faut ». Sa foi le mènera vers Fra Angelico qui restera sa référence et aussi à Rome où il s'imprègne du classicisme de Poussin et de Raphaël. Sa peinture y gagne en solidité de composition.
Maurice Denis a incarné plus qu’aucun autre en son temps le lien essentiel entre peinture et christianisme : « La peinture est un art essentiellement religieux et chrétien » (1886) et « La peinture est un art chrétien qui ne s’est développé que depuis 1900 ans » ! (1898). Cette conviction constitue le fondement de son Histoire de l’art religieux (1039). Pour lui la question artistique est centrale dans le christianisme. « L’œuvre d’art a un rôle social et public, un rôle dans la formation de l’esprit… l’art sacré dont le devoir est, avant tout, d’extérioriser sous une forme édifiante et décorative, l’émotion religieuse de l’artiste, n’a pas seulement pour mission d’embellir les nouvelles églises, de commémorer les deuils et les sacrifices de guerre, d’appeler les âmes à la connaissance et à l’amour de Jésus Christ » » (1921). L’art religieux a une influence salutaire sur l’art profane, sur les mœurs, sur la vie intellectuelle. Le but de l’art religieux est « d’exprimer dans un beau langage notre foi ».
Il fonde en 1919 les Ateliers d’Art Sacré dans le double but de former, d’instruire (de jeunes gens) et de produire des œuvres d’art pour le service de Dieu, l’enseignement de la vérité et l’ornement du culte.

Son inclination mystique et religieuse trouvait à s'incarner dans la figure de Marthe Meurier, la fiancée, puis l'épouse, véritable muse du peintre. La jeune femme offre ses traits aux jeunes filles progressant sur des chemins de vie hautement stylisés et formant de solennelles processions.

Il revendiqua toujours, y compris dans ses nombreux écrits, la cohérence d'un parcours qui, du symbolisme aux tableaux tardifs, a recherché avec constance et, parfois avec inquiétude, à concilier l'ambition décorative, c'est-à-dire pour Denis le recours systématique et exclusif aux composantes essentielles du tableau (planéité, couleur, composition) avec l'exigence d'un contenu sans cesse renouvelé, que celui-ci soit lié à sa foi catholique, à la description de la vie moderne ou à l'iconographie toute personnelle qu'il forge dès les années 1890.

Maurice Denis passe ses étés avec sa famille à Perros-Guirec. Une section entière de l'exposition est consacrée à la plage. Sur les rivages bretons, il mélange des nus à des scènes familiales, peint des groupes des filles en coiffe les pieds dans l'eau à côté d'hommes en maillot de bain et de familles sur le sable, des tableaux éblouissants dont l'atmosphère est proche des photographies qu'il prend au même moment. Les plages de Maurice Denis se veulent être une réponse critique à Matisse. Car il cherche à définir un art collectif qui tiendrait l'équilibre de la sensualité et de l'ordre, entre l'impératif du sujet, le sens de la nature et l'imagination décorative. Il s'y efforce dans ses peintures de chevalet comme dans ses oeuvres murales.

L’exposition permet d’apprécier d’autres aspects de l’art de Maurice Denis : les manifestes comme L'Hommage à Cézanne , les grands panneaux décoratifs, tels Jeu de volant ou Virginal Printemps , tableau majeur jamais exposé dans un musée français depuis 1945. Sont visibles la rigueur de la composition, la restriction de la palette, l’importance du dessin.

Une autre section regroupe des paysages de Maurice Denis, rarement montrés : "Vasques du jardin Médicis", à 20 ans d'intervalle, reflet de soleil orange sur une rivière, escalier à contre-jour...
Maurice Denis était aussi un photographe amateur, 80 photos sont présentées sur les 1500 qu’il a prises. Elles entraient dans son album de famille et l'aidaient également dans sa création. Les Nabis sont "ceux qui ont le mieux compris l'esthétique de l'instantané, en privilégiant les figures coupées, la composition décentrée". Dans de nombreuses photos de ses enfants, jouant sur la plage, allaités par leur mère, dans leur lit de malade, Maurice Denis privilégie la figure en gros plan, joue du flou pour créer la poésie, créant des figures de Vierges à l'enfant ou de Maternités comparables à ses tableaux.

Grâce à l'instantané, la photographie se prêtait aisément à la suggestion et à l'évocation poétique chères à toute cette génération d'artistes, de Verlaine, Mallarmé et Debussy à Rodin et à Carrière, auquel on pense irrésistiblement en voyant certaines photographies de Maurice Denis.

Le musée d'Orsay a acquis en 2003 un ensemble de dessins de Maurice Denis destinés à l'illustration de Sagesse de Paul Verlaine et Fioretti de Saint François d'Assise.

Les dessins pour Sagesse laine constituent la première entreprise du jeune artiste – alors âgé de dix-neuf ans – dans le domaine du livre illustré, et revêtent ainsi une importance particulière dans l'histoire du livre Nabi. Contemporains de la réflexion théorique énoncée dans Définition du néo-traditionnisme, ces dessins en sont l'expression artistique.

L'édition illustrée des Fioretti, a été publiée en 1913. Pour Maurice Denis, ce travail avait une valeur particulière : c'était conjuguer son amour de l'Italie, du paysage et de l'art italien, à son affection spirituelle pour le saint, et leur rendre hommage.


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L’œuvre de Maurice Denis n’est pas seulement esthétique ou thématique, mais aussi théologique, « théologie muette » comme disait le peintre Lebrun en 1671 à propos du Ravissement de saintPaul de Poussin. Maurice Denis doit être compris comme un mystique de la vie quotidienne.



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