En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Dimanche 24 décembre 2006
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué l'allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane. Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés. Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l'insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-paix. »
Ainsi le pouvoir s'étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l'amour invincible du Seigneur de l'univers. (Isaïe, (IX, 1-6)
Ce texte du livre d’Isaïe écrit comme un poème est situé dans le temps. Il a été écrit peut-être en 721 quand le roi d’Assyrie venait de détruire le royaume d’Israël, au nord, cette nation à la fois de frères et d’ennemis. Selon leur coutume, les Assyriens emmènent une partie de la population à l’autre bout de leur empire : c’étaient des habitants du territoire de Zabulon et de Nephtali, la région qui deviendra plus tard la Galilée. Dispersés parmi les païens, ils sortaient de l’histoire sainte pour entrer dans les ténèbres.
La libération qui leur est promise est présentée comme une victoire écrasante du Seigneur qui inaugure un règne de paix : et ce règne est celui de l’Emmanuel, le nouveau-né.
Le peuple qui marche dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, contraste lumière / ténèbres est repris du passage qui précède (Is 8, 23),. La mention de la lumière a une signification précise si l’on tient compte de l’ensemble du poème. La lumière est le symbole du salut et aussi de l’avènement d’un nouveau roi, qui dans les textes égyptiens, était comparé au lever du soleil. Dans la Bible, la royauté et la lumière sont associés (2 S 23,3-4), comme l’intronisation royale et l’aurore (Ps 110, 3).
La joie et l’allégresse règnent chez le peuple. C’est celle qui préside aussi à l’intronisation d’un roi dans l’Ancien testament (Salomon 1 R,40) ou celle de Joas (2 R 11, 14.20). L’allégresse est elle liée à la fête cananéenne d’automne, fête devenue israélite et probablement cadre du couronnement royal. Isaïe utilise donc un terme à résonance païenne pour exprimer la joie que provoque l’action salutaire de Dieu au moment du couronnement du nouveau roi, l’oppression a disparu, la guerre est éliminée.
Mais la vraie raison est celle de la naissance d’un enfant qui a sur les épaules l’insigne du pouvoir, un roi. Quel enfant ? au moment de son couronnement le roi était considéré comme fils adoptif de Dieu. Il reçoit des titres royaux « merveilleux », titres de médiation royale, ce sont des titres divins, qui apportera la paix, le bonheur. Le nouveau roi est l’instrument de salut de Dieu.
Ce nouveau roi est attendu comme le Messie, mais vient un Messie pauvre parmi les pauvres, humble parmi les humbles.
C’est la joie de la nuit de noël. Dans l’enfant qui naît à Bethléem, nous adorons Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux, à la lumière qui resplendit dans la nuit. « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1, 1-18, texte lu le jour de Noël).
Icône de la Nativité du Christ (Novgorod, Russie, fin 15e siècle). L’enfant Jésus est représenté comme dans une grotte noire, ténébreuse, comme un tombeau. La lumière jaillit du ciel, illumine le monde. Résumé saisissant de l’incarnation et de la Croix.