En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Vendredi 19 janvier 2007
Le couvent des Augustines de Santi Quattro Coronati de Rome présente un extérieur rude et austère d’une forteresse. Il fut probablement construit au VI e, en l’honneur de quatre martyrs victimes de la persécution de Dioclétien contre les chrétiens dans les toutes premières années du IVe siècle.. L’intérieur est magnifique, orné de fresques et d’un cloître peut-être le plus beau de Rome, d’où le nom de Sixtine du XIIIe siècle donné à cet ensemble.
Les fresques étaient très endommagées et même cachées sous un crépis (enduit et faux marbre). Des restaurations engagées il y a quatre ans, permettent aujourd’hui de découvrir un magnifique ensemble qui sera ouvert au public au printemps prochain.
La série de fresques montre sur une superficie de 335 m2, des figures humaines, les quatre saisons avec un décor animal et végétal, des signes du zodiaque, des constellations sur un précieux fond bleu azur ainsi que des représentations des vices et des vertus, autant de thèmes fréquents qu XIIIe. Sur le plan artistique ces fresques sont exceptionnelles.
Au centre est représentée la figure de Salomon. La présence du roi biblique, exemple de piété et de rectitude a fait naître l’hypothèse que la salle gothique était utilisée comme lieu d’administration de la justice.
Les fresques ont du être réalisées au 13e s et sans doute abîmées après la peste de 1348 ou quand le complexe monastique a été abandonné au 16e des Camaldules (ordre monastiques fondé au XIe et qui existe encor de nos jours). Ces réalisations permettent de montrer que pendant la période 1230/1250 que des artistes romains ont produit de très belles œuvres parallèlement aux artistes de la région toscane Cimabue (vers 1240 – 1302) ou Giotto (1266-1337).
"Cette série de fresques nous permet d'interpréter la peinture médiévale italienne sous une lumière nouvelle", dit le ministre de la culture romain. Francesco Gandolfo, expert en histoire de l'art, souligne le rôle de "pont entre les époques" de ces fresques, dont le style "porte le poids de la Rome antique", alors que "leur représentation pré-figurative tend vers la pré-Renaissance".
Il a été suggéré que cette iconographie allégorique exalterait la primauté du pape sur l’Empereur Frédéric II qui a régné sur le saint empire romain germanique de 1220 à 1250. (Son règne fut marqué par les conflits avec la papauté. Il fut excommunié deux fois : une fois en 1227 par le pape Honorius III pour n’être pas parti en croisade, et une deuxième fois par le pape Grégoire IX pour avoir gagné la bataille de Cortenuova contre la ligue des villes lombardes créée par le Pape).
En mai 2006 se sont terminés les travaux de mise hors eau de l’ensemble du monastère. Le cloître bâti en 1084 à proximité du Colisée, est considéré comme un exemple du raffinement de l'architecture médiévale romaine dite «cosmatesque», dont le nom dérive de la famille des Cosmas, célèbres aux XII et XIIIe siècles pour leur technique de la faïence et du marbre finement ouvragé (dont témoigne notamment, aussi à Rome, proche du Colisée l’église Santa Maria in Cosmedin, elle aussi fondée au VI e et remaniée au XII e)