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Silence et pardon au cinéma

Publié le Dimanche 4 février 2007

Deux années qui s’enchaînent, deux films d’actualité que rien de paraîtrait rapprocher. Mais le contraste est saisissant. Désert de la grande Chartreuse le plus souvent sous la neige, désert brûlant du Tchad après la guerre civile. Le silence et le pardon.

LE GRAND SILENCE ,

Le grand silence,un film de Philip Grönig, est un long documentaire sur la grande Chartreuse, d’autant que les Chartreux ne se laissent pas approcher, pour sauvegarder leur silence.

Le réalisateur a vécu six mois dans le monastère, respectant les horaires des moines, travaillant seul, avec le matériel minimum, sans lumière artificielle. La pauvreté des moyens de travail était la seule manière d’aborder la pauvreté choisie par les Chartreux. Le temps est également respecté, scandé par la cloche, les rythmes de prière en commun au chœur, exceptionnellement pour une eucharistie commune les dimanches et jours de fête ; de prières silencieuses et solitaires dans la cellule de chacun. Les repas peuvent aussi avoir lieu dans le grand réfectoire où le plus souvent chacun chez soi avec le service d’une table roulante archaïque. Les moines travaillent, là encore chez eux, bois, jardin, entretien matériel. Et pour les tâches communes nécessaires : le grand ménage, la cuisine.

Mais le plus essentiel est ce que souligne le titre même du film : le grand silence. Un silence qui laisse entendre les bruits des gouttes d’eau dans le bénitier, des roues qui grincent, des cannes qui cognent et des tondeuses électriques pour les crânes rasés. Une exception à ce grand silence, la promenade hebdomadaire, deux par deux dans la neige, en cercle, de discussion à l’ombre des arbres. Sans oublier la mélodie des psaumes, la lecture au chœur et au réfectoire, la parole du Père Abbé accueillant les novices.

Quelques phrases clés de la Bible ponctuent le film, spécialement celles du 1er livre des Rois (A R 19,13) « Dieu n’est pas dans le bruit mais dans le souffle de la brise légère », et Jérémie (Je 20,7) « Tu m’as séduit et je me suis laissé séduire ».

Au total un long bain de silence indispensable sans doute pour libérer le spectateur de tous les bruits de l’extérieur, de tous les gémissements du cœur.

Long oui mais peut-être trop lent avec de très beaux gros plans sur la Chartreuse, les feuilles ou la neige qui finissent par lasser. Les portraits des moines dévoilent des figures saisissantes, mais finalement figées comme pour photomaton. N’est-ce pas un parti pris d’esthétisme qui trahit le dépouillement du documentaire. Il y a en revanche de longs portraits de profil d’un jeune moine en prière qui eux traduisent la prière elle-même du Chartreux.

Il y a peu de traits d’humour sinon les glissades dans la neige le jour de promenade en hiver. Mais n’est-ce pas un peu infantile pour ces hommes qui approfondissent depuis des années leur quête de Dieu ? Que dire aussi des vaches égarées dans le cloître ?

La parole est très peu donnée à ces hommes de silence. L’échange, assis sur une terrasse, une après-midi de printemps, permet de jolis clichés mais la conversation est décevante. « De l’utilité du rite de lavement des mains, qui n’en est pas un, avant d’entrer au réfectoire ».

La finale est par contre impressionnante avec un moine âgé aveugle. Mais le message est très court avec des expressions discutables : « Je me réjouis que Dieu ait permis que je sois aveugle ». Le spectateur lui, n’aura pas été aveuglé par la beauté du documentaire se faisant invitation au silence et à la prière.

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DARATT, SAISON SECHE

Climat totalement différent avec une « saison sèche » au Tchad. Tel est le sous-titre du film de Mahamat-Saleh Haroun, Daratt.

Le réalisateur est né au Tchad en 1960 et il y réalise en 1994 son premier court-métrage Maraï Tanré, avant son premier long métrage primé à Venise en 1994, Byeby Africa. Au festival de Venise 2006, Daratt reçoit le prix spécial du Jury. Faut-il parler de film, de documentaire ? Les acteurs sont tous non professionnels comme les Chartreux pour le Grand Silence. Cela donne au « film-documentaire » une grande vérité.

La situation choisie par le réalisateur est celle de la guerre civile au Tchad opposant dès l’indépendance en 1960 le Sud animiste et chrétien et le Nord musulman, influencé par le nassérisme.
Le gouvernement en place à N’Daméra, est , à l’heure du film, très loin de controler l’ensemble du territoire national. Le gouvernement a accordé l’amnistie à tous les criminels de guerre après les travaux d’une commission sur le modèle de « vérité et réconciliation » avec Desmond Testu en Afrique du Sud. Mais impossible de pardonner pour ce vieil homme aveugle dont le fils a été massacré. Le contraste est saisissant avec le moine aveugle de la grande Chartreuse. Il déplore soigneusement, comme une relique, le revolver caché dans un linge et le confie à son petit fils, Atim, pour que celui-ci parte retrouver son père, afin de le tuer. Atim quitte son village pour rejoindre N’djamena, à la recherche d’un père qu’il n’a pas eu le temps de connaître. Il le localise rapidement : ancien criminel de guerre, Nssacra, est aujourd’hui rangé ; marié à une femme, jeune et jolie qui attend un enfant. Nassara est patron d’une petite boulangerie. Atim s’y fait embaucher. Il porte toujours à sa ceinture dans son dos le pistolet chargé »confié par son grand mère. Il attend l’occasion de s’en servir. Mais sa main tremble ou hésite. On pense à David n’osant pas tuer Saul à l’entrée de la grotte où celui-ci cherchait à s’isoler (1 ER 24,6). Nassara vieillit, se fatigue vite au fournil très artisanal, n’arrive plus à porter un sac de farine. Il veut alors adopter Atim, d’autant que sa femme vient de perdre son bébé à la naissance. Tout cela est filmé dans un climat qui reste tragique. Cependant pas d’adoption d’Atim sans l’accord de son père. Il n’a pas encore réalisé que c’est lui qui l’a tué. Départ, en voiture cette fois, pour le village d’Atim qui refait à l’inverse le voyage’ pour retrouver et tuer l’assassin de son père. Nassara retrouve le grand père d’Atim. Ils se reconnaissent même si le grand père est aveugle. Ils partent tous les trois après avoir la certitude qu’Atim a bien le revolver qui lui avait été confié. Marche dans le désert, comme Abraham conduisant Isaac au sacrifice. Le grand père exige que Nassara soit mis à nu pour l’humilier. Atim tire un premier coup… vers le ciel et Nassara fait semblant de s’écrouler à terre. « Achève-le » crie le grand père. Atim tire une seconde fois au loin. « Tu n’as pas tremblé ? » « Non je n’ai pas tremblé » répond Atim. Il n’a pas tué Nassara. Il se découvre ayant pardonné. « Le pardon est la seule victoire », surtitre la présentation du film. Déjà Desmond Tutu concluait « Il n’y a pas d’avenir sans pardon ».

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