En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mercredi 28 février 2007
En cette période où il est beaucoup question du dialogue interreligieux, posons-nous la question, si souvent évoquée, du rapprochement possible entre Carême et du Ramadan.
Les deux démarches sont belles mais différentes.
Le Carême et le Ramadan ont certes des points communs : ce sont des temps où jeûne, prière et partage sont mis à l’honneur, et plus profondément des temps pour revenir à Dieu. Mais le sens est différent.
Le sens
Le Carême ( 40 jours avant Pâques voir notre « article d’actualités » du 18 février 2005) est un temps de préparation à Pâques, le mémorial des 40 années passées par les Hébreux dans le désert et les 40 jours de Jésus dans le désert qui ont été évoqués dans l’Evangile de Luc lu au cours de la liturgie de dimanche dernier (voir notre « méditation de la semaine »). Le Ramadan n’est pas la préparation à une fête, ni le souvenir d’un événement, c’est un mois de jeûne.
le jeûne
De plus la pratique du jeûne est différente. Pour les chrétiens, le jeûne, qui avait beaucoup d’importance jadis, existe toujours aujourd’hui mais peut revêtir différentes formes, et n’est qu’un moyen parmi d’autres pour marcher vers une conversion intérieure et vers le partage. Pendant le Ramadan les musulmans jeûnent d’un manière très rigoureuse. Le Ramadan est une pratique qui rassemble les musulmans, au sein de leur communauté, exprimant ainsi leur fidélité à la loi de Dieu. Dans nos pays le Ramadan prend une connotation identitaire, puisque les musulmans sont minoritaires.
A quelle loi obéissent les musulmans ? Le premier jeûne imposé par Mahomet fut celui d’une seule journée pour la fête juive de l’Achoura. Ce jeûne était calqué sur celui des juifs, mais il le rendit plus sévère encore . Le mois de Ramadan, d’une durée d’un mois lunaire de 29 ou 30 jours, était institué et est devenu un des cinq piliers de l’Islam. C’est le mois au cours duquel Mahomet a vu l’ange Gabriel lui annonçant qu’il avait été choisi pour être le messager de Dieu. Vers la fin du Ramadan, au « Lailat al Qadar » (la nuit du destin), on célèbre la révélation du Coran à Mohammed par une nuit de prière et de repentir. Le Ramadan se termine par l’ « Aid el Seghir » (la petite fête), ou « Aïd el Fitr » (fête de la rupture du jeûne), qui se traduit en une grande explosion de joie, qui ne peut être comparée à la fête de Pâques qui est célébrée au terme du Carême.
L’obligation essentielle du Ramadan est donc le jeûne, pendant le jour, mais le plus important est se rapprocher de Dieu, par l’accueil de la lecture du Coran, et par la prière. De plus les musulmans doivent s’acquitter d’une aumône (akat al fitr).
La date du début de Ramadan est différente chaque année parce quelle suit un calendrier lunaire, il peut donc tomber à toutes les époques de l’année.
On voit donc que le Ramadan n’a pas pour but d’évoquer l’histoire passée ou à venir, c’est une pratique commandée par le Coran, mais dont le symbolisme ou la signification ne sont pas donnés dans le texte. C’est la vertu d’obéissance qui est appelée .
La préparation de Pâques
Pour les chrétiens, le Carême est essentiellement une période de préparation à la fête de Pâques, période d’épreuve de 40 jours pour se préparer à la vie nouvelle que le Christ nous offre à nouveau, Lui qui est maintenant au-delà de la mort et de la souffrance. Il y a donc dans le Carême une dimension de tension vers un événement, Pâques, une démarche de repentance pour nos refus et nos péchés, une démarche de conversion intérieure et de partage.
Alors comparaison possible ?
A la vue de l’austérité du jeûne des musulmans pendant le Ramadan , on pourrait être amené à comparer Ramadan et Carême, pour vanter l’héroïsme de l’un ou la profondeur de l’autre, au risque de passer à coté de l’essentiel. Le principal n’est pas que nous battions des records de mortification et de pénitence. Nous nous trouverions en contradiction flagrante, tant avec le Coran « Dieu veut pour vous, la facilité (2,185), qu’avec l’Evangile « Mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt 11,30). Le jeûne n’est pas un sport où chrétiens et musulmans entreraient en compétition pour emporter la médaille du meilleur croyant ! Le Coran en prescrivant le jeûne ajoute « peut-être craindrez-vous Dieu » et le chrétien entend Paul « C’est par la grâce que vous êtes sauvés… cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu » (Ep 2,8). Pour l’Islam comme pour le christianisme le jeûne doit rester un moyen d’accueillir le don, le pardon de Dieu. Et il est déjà offert ! S’agirait-il de forcer un porte déjà ouverte ? Le Carême comme le Ramadan, ne nous laisse pas oublier que Dieu ne veut pas des acrobates mais des croyants. Il ne se laisse pas séduire par nos efforts mais Il se donne à notre faiblesse.
LE CAREME 2007
Le pape Benoît XVI a donné aux catholiques un thème de méditation pour ce Carême 2007 : « ils regarderont Celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19,37). Il nous appelle à tourner notre regard vers le Christ crucifié qui, en mourant sur le calvaire, nous a révélé pleinement l’amour de Dieu, avec les deux aspects soulignés dans son encyclique Deus est caritas, de l’agape et de l’eros, l’amour désintéressé pour autrui et l’union avec l’aimé.
C’est dans le mystère de la Croix que se révèle pleinement la puissance irrésistible de la miséricorde de Dieu. Pour permettre aux hommes qui s’étaient détournés de lui d’entrer dans son offre de pardon et d’amour, il a laissé le Fils unique affronter la violence et le péché jusqu’à subir la mort sur une croix : sa vie donnée, son sang versé, devient ainsi le lieu de notre conversion et de notre réhabilitation.. La mort qui, pour le premier Adam était un signe radical de solitude et d’impuissance, a été ainsi transformée dans l’acte suprême d’amour et de liberté du nouvel Adam.
Le Christ sur la croix est la révélation la plus bouleversante de l’amour de Dieu, un amour dans lequel eros et agapè, loin de s’opposer, s’illuminent mutuellement. Sur la Croix c’est Dieu lui-même qui mendie l’amour de sa créature. La réponse que le Seigneur désire ardemment de notre part est avant tout d’accueillir son amour et de se laisser attirer vers lui, puis de le communiquer aux autres : le Christ « m’attire à lui » pour s’unir à moi, pour que j’apprenne à aimer mes frères du même amour.